© Crédit photo
Sawata© BMSK Photos
© Crédit photo
Sawata© BMSK Photos

« Pour moi, la modernité n’efface pas la tradition. Elle la prolonge en offrant de nouvelles formes d’expression. »

Découvrez le parcours des artistes de STEP 1 : Nadia « Nadéeya » Gabrieli Kalati, Julia Ortola et Chris Fargeot


À la croisée des danses urbaines, des héritages et des renaissances, STEP 1 met en lumière trois artistes qui explorent la mémoire du corps et la puissance du mouvement. Avec SawataNadia « Nadéeya » Gabrieli Kalati plonge dans ses racines Sawa, tandis que Julia Ortola et Chris Fargeot poursuivent le dialogue entre transmission, identité et création contemporaine.

Questions à Nadia « Nadéeya » Gabrieli Kalati

Que signifie Sawata ? Et comment ce titre se traduit-il dans votre spectacle ?

Sawata est une contraction de deux mots : “Sawa” et “Wata”.
Les « Sawa » sont un peuple bantou du littoral camerounais, connu aussi sous le nom du « peuple de l’eau ». Ils appartiennent à l’une des grandes aires culturelles du Cameroun : celle du littoral, au sud/sud-ouest du pays. Elle regroupe plusieurs ethnies, dont les Duala et les Bakaka, dont je suis issue. Ce peuple entretient un lien sacré avec l’eau, à la fois symbolique, spirituel et vital. L’eau rythme la vie quotidienne, les rites de passage et la cosmogonie Sawa.
“Wata” vient de la langue pidgin qui signifie “eau” (de l’anglais water). C’est aussi un clin d’œil à Mami Wata – Jengu chez le peuple Sawa, l’entité féminine de l’eau, gardienne des profondeurs et considérée comme la mère des eaux.

Le spectacle Sawata est un cri du corps, un cri du cœur à la suite d’un deuil : celui de mon père adoptif, que je considère comme mon père, et de mon mentor. Cette perte a créé en moi un vide, une confusion, une nouvelle quête identitaire. L’écriture chorégraphique s’est inspirée du Ngondo, une cérémonie ancestrale Sawa célébrée chaque année en décembre. Lors de ce rituel, un initié est envoyé dans les profondeurs de l’eau pour converser avec les ancêtres et entités aquatiques afin de ramener des messages au peuple.
Dans ma pièce, je m’inspire de ce rituel pour entreprendre ma propre descente dans mes eaux intérieures : un voyage initiatique vers mes mémoires enfouies, un dialogue avec ma lignée, une quête de transformation et de renaissance.
J’explore la symbolique de l’eau au-delà de son état physique. Ici, le côté spirituel, mystique, ancestral et mémorielle me guident. Comme nous sommes faits d’environ 60 % d’eau, je crois fortement que nous portons en nous les résonances du monde, les mémoires de ceux qui nous ont précédés. Il faut simplement plonger pour les écouter. Sawata est une plongée dans la mémoire de mes racines et dans la puissance de l’eau comme symbole de transformation, de vie et de renaissance. C’est une traversée de mes eaux profondes, un dialogue avec mes ancêtres, une plongée dans les mémoires que mon corps porte et qui demandent à être libérées, transmutées, célébrées et transcendées.

Entre racines culturelles et modernité, comment avez-vous trouvé votre équilibre dans la recherche chorégraphique de ce spectacle ?

Je crois que l’équilibre s’est trouvé dans le corps et dans l’écoute.
Je suis mondialement reconnue dans le milieu de la House Dance, notamment en tant que membre du collectif Paradox-Sal, fondé et coaché par Ousmane « Baba » Sy. Depuis mes débuts, j’ai toujours revendiqué et exprimé mon africanité plurielle au cœur de ma danse. Car avant la House dance, il y a eu pour moi les danses patrimoniales du Cameroun, puis celles d’autres pays africains que j’ai explorées et approfondies grâce à ma formation à l’École des Sables (Sénégal), dont je suis diplômée.
Ce parcours a nourri ma conviction que la House Dance est elle-même une extension, une mémoire vivante des danses africaines et de la spiritualité du mouvement.
Pour mieux comprendre la House, j’ai dû retourner à la source : aux gestes anciens, aux pulsations du sol.
Dans Sawata, le dialogue entre racines et modernité se manifeste à travers le souffle, le rythme, le rapport à la terre (l’ancrage) et à la fluidité. Le corps devient le lieu de réconciliation et de résonance entre le passé et le présent. Pour moi, la modernité n’efface pas la tradition. Elle la prolonge en offrant de nouvelles formes d’expression.
Je considère mon travail de recherche, aussi comme un acte de mémoire : rappeler que rien n’est inventé, tout existe déjà dans le corps, dans la résonance de nos héritages.
En dansant Sawata, je ne fais que continuer ce langage ancien mais avec les outils d’aujourd’hui. Parce que demain ne se construit pas sans hier, et parce qu’il est vital pour moi que le mouvement reste une offrande, une transmission, une renaissance. Je fais dialoguer ces deux mondes. C’est une danse qui circule entre la terre et le ciel, entre la rue, le club et le sacré, entre la transe et la conscience. L’équilibre est avant tout une expérience intime : celle de se tenir debout entre mes racines et mon présent ; honorer ce qui m’a façonnée tout en affirmant ma propre voie.

À propos de Julia Ortola et son spectacle Nexus

Julia Ortola
Originaire du sud de la France Julia Ortola, alias Funky-J, se passionne très tôt pour la musique et la danse. À 15 ans, elle découvre le locking *, une danse urbaine emblématique, et s’y consacre pleinement jusqu’à obtenir une reconnaissance internationale. Elle devient ainsi la première femme à remporter le titre mondial dans la catégorie locking lors du championnat Juste Debout.
Artiste complète, Funky-J se distingue à la fois comme interprète, chorégraphe et organisatrice d’événements. Elle fonde le summer camp et battle “Lock is not a Joke”, rendez-vous réunissant des danseurs venus du monde entier. Avec sa société de production J9 Prod, elle développe des projets mêlant musique et danse, riches en créativité et en échanges culturels.
Elle crée également la compagnie Zion, avec laquelle elle conçoit et diffuse différents spectacles, en France comme à l’international.

Nexus
Nexus explore la rencontre de deux parcours singuliers unis par une même passion : le locking. Au cœur de ce projet se trouve la conviction que la musique, les fréquences et la danse possèdent un pouvoir universel capable de dépasser les barrières sociales et culturelles. À travers cette collaboration inédite, Funky-J et Gemini, pionnier du locking en France, interrogent la manière dont deux destins peuvent se croiser et surmonter les différences pour créer une œuvre commune. Cette performance d’une heure, fruit de leur union artistique, célèbre la nature spirituelle et fédératrice de la danse.
Le spectacle propose une version à trois danseurs intégrant un semi-professionnel de la génération Z permettant de créer un lien entre transmission, partage et ouverture au sein de la sphère artistique.

*Apparu dans les années 70, le locking est une danse festive et théâtrale appartenant au funky styles, dont les danseurs sont appelés les lockeurs. Son nom tiré du verbe to lock -verrouiller en anglais- vient de l’enchainement rapide de mouvements bloqué par le danseur, notamment par le biais de rotations des poignets.

À propos de Chris Fargeot et de son spectacle 3h33 in my room (through the window)

Chris Fargeot, chorégraphe et interprète
Son parcours singulier mêle autodidactie et académisme. Après des années au conservatoire en danse classique, sa curiosité pour le mouvement et sa sensibilité à la musique la conduise vers la culture hip-hop.
De 2018 à aujourd’hui, elle est interprète pour divers chorégraphes tels que Saïdo Lehlouh, Carmel Loanga, Sandrine Lescourant, Valentine Nagata-Ramos et Ousmane Sy. Chris Fargeot a su affûter sa physicalité, se spécialiser en break et développer son langage en battle comme en plateau.
Dans une constante démarche de recherche et d’évolution, elle souhaite aujourd’hui partager son univers à travers la création et la transmission. En 2023, Chris chorégraphie Les Envolées du Lycée Turgot en partenariat avec La Villette et accompagne pendant plusieurs mois 13 jeunes talents de promotion hip-hop à monter sur scène. En 2024, elle intègre le dispositif IADU pour une durée de deux ans et crée 3h33 in my room (through the window) avec Ulysse Zangs*. Puis, en 2025, elle fait partie de la distribution de Témoin de Saïdo Lehlouh, de Narcisse de Marion Motin et est également une artiste accompagnée par Danse Dense **.

*Ulysse Zangs, danseur et chorégraphe française, il collabore avec des chorégraphes et des directeurs de théâtre afin de créer, ensemble, des œuvres musicales et chorégraphiques.
** Danse Dense est une plateforme de repérage, de visibilité et d’accompagnement des chorégraphes émergent·e·s et en début de parcours.


3h33 in my room (through the window) – Création 2024
C’est aux côtés du compositeur Ulysse Zangs que Chris Fargeot écrit sa première pièce 3h33 in my room (through the window), une invitation dans l’intimité comme un regard jeté à travers la dernière fenêtre éclairée en pleine nuit. Le mouvement et le son tel un cheminement de pensée. D’une partition sensible alliant danse et musique live naissent fluidité et écoute subtile entre les deux interprètes.
« Il semblerait qu’écrire une première pièce soit tirer mon autoportrait que je le veuille ou non. Faire le tri, me questionner sur ce qui me touche aujourd’hui. Un élan d’émancipation de l’esthétisme. Avoir eu la nécessité de s’approprier un langage, des techniques et chercher à s’en défaire. La pratique du break s’invite ici comme ancrage revisité. Je me suis armée de contraintes pour arriver à une forme chaotique qui serait mienne. Là où la mollesse est un défaut, la fluidité est une force. La pousser à son extrême est un symbole qui m’a plu. Se mouvoir telle une feuille au vent, un corps léger, réceptif à l’extérieur ».

Ne manquez pas ce spectacle

Nouvelle Saison de La Villette
Saison 25/26

Spectacles, événements, expositions, tout y est.