© Crédit photo
© Joseph Banderet
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Danse et bienveillance

Reportage

Dans une ambiance chaleureuse, une douzaine de patientes et patients retrouvent la danseuse et chorégraphe Viola Chiarini au sein d’une Folie, un bâtiment arrondi du Parc qui accueille les ateliers Villette et les parcours de médiation culturelle. C’est le dernier de huit ateliers – qui se sont déroulés de juin 2024 à février 2025 entre l’hôpital et La Villette – et bien des visages sont devenus familiers. Quant aux nouveaux venus, un rituel leur permet de se présenter : en cercle, tour à tour, chacun donne son prénom et l’associe à un geste. À chaque fois, les autres scandent le prénom à l’unisson et imitent le geste, formant ainsi une sorte de chorégraphie évolutive. Avec bienveillance, les participants sont mis en valeur : l’exercice donne confiance à chacun et soude le groupe, qui s’époumone et bouge au fil d’une grande variété de mouvements, au diapason de la diversité des corps et des énergies.

« Tu nous remets en posture de dignité. »

Un participant de l’atelier

Le groupe va ensuite « explorer l’espace » où il est réuni, simplement en l’arpentant de façon aléatoire puis en essayant d’en « remplir les trous ». Il s’agit d’occuper l’espace tout en étant conscient des autres, pas tant pour les éviter que pour reconnaître et embrasser leur présence. Viola Chiarini donne des instructions qui font varier la vitesse de l’allure, la nature des mouvements (danse ou marche) ou de leurs attitudes : un « Soyez moches ! » lance chacun dans un jeu de grimaces et contorsions altérant sa trajectoire mais pas son attention au groupe.

Au signal de la chorégraphe, les participants et participantes s’arrêtent pour prendre une pause à la façon d’une statue puis se remettent en mouvement. Ces instructions les détournent de l’attention au corps : le plus important est de suivre le rythme collectif et les petits défis proposés par Viola Chiarini, non de se projeter dans une image de soi. Le ludique et le collectif l’ont emporté, les participants sont portés par une bonne humeur énergisante, tout est réuni pour des exercices plus spécifiques.

L’un d’eux s’intitule « compléter la forme » et se déroule en silence et en cercle. Spontanément, une personne en rejoint le centre pour performer un geste et le tenir. Charge à une autre de la rejoindre pour compléter ce geste. Et puis une autre et encore une autre, jusqu’à obtenir une figure collective qui naît de l’addition progressive des gestes individuels, chaque mouvement imaginé en rapport au précédent. Il s’agit de trouver sa place dans le groupe, de créer une forme qui nous dépasse mais ne serait pas la même sans nous. L’exercice suivant joue sur une toute autre énergie, deux groupes se forment pour une battle en musique : sous les vivats et encouragements, chacun est invité à sortir du groupe à son tour pour performer spontanément. Cela pousse à l’excentricité et au défoulement, même les plus timides. L’enthousiasme est communicatif et l’énergie qui circule dans le groupe, saisissante. À l’issue d’un temps de relaxation qui permet de se recentrer sur soi, Viola Chiarini reforme le cercle et invite à « s’exprimer librement par la parole après s’être exprimé par le corps ». Les retours sur la séance sont unanimes : « J’ai trouvé ça joyeux d’être tous ensemble » ou « Tu nous remets en posture de dignité ». Viola Chiarini félicite le groupe d’avoir créé avec elle « un endroit où on n’est pas jugé ».

Trois questions à Viola Chiarini, danse thérapeute

Les ateliers que vous avez menés se sont en partie tenus à l’hôpital et en partie à La Villette. Observez-vous des différences importantes entre ces environnements ?
Oui, notamment parce qu’à l’hôpital les personnes sont dans un cadre qui leur est familier. D’un côté, cela les met à l’aise mais de l’autre, la concentration peut être moindre – parce que l’atelier se tient dans la cour, à vue des autres patients – et l’on quitte aussi moins facilement sa zone de confort. S’inscrire dans un espace bien défini, comme une Folie du parc, permet d’impliquer chacun davantage : c’est beaucoup plus intime, sans regard extérieur, on sait pourquoi on est là et tout le monde participe.

Avez-vous constaté des changements chez les personnes qui ont suivi les ateliers ?
Énormément. Je ne cesse d’être étonnée du pouvoir du mouvement et de la danse. Par exemple, lors du premier atelier à l’hôpital, un patient était resté observateur et immobile. C’était sa façon de participer. Lors de la séance suivante, nous avons essayé ensemble l’exercice du miroir : je lui proposais des mouvements avec mon corps – selon la méthode Rudolf Laban où les qualités de corps varient en vitesse et fluidité – et lui essayait de les suivre. Et cet homme a extrêmement bien répondu à ces propositions. À la fin du parcours, il dansait seul, avec cette envie d’être dans le mouvement mais aussi dans une dimension sociale, avec les autres. Quels que soient les publics avec qui je travaille, je vois toujours la puissance du groupe.

Quelle forme a pris le pop-up que vous avez donné à l’hôpital ?
J’ai proposé une performance qui mélangeait théâtre et danse. Je l’ai faite une première fois dans la cour puis à nouveau dans les couloirs, pour les personnes qui ne pouvaient ou ne voulaient pas être dans un espace collectif. J’ai trouvé leurs réactions puissantes. L’émotion est intériorisée mais elle est là. C’est touchant de comprendre qu’il y a beaucoup de manières d’exprimer, d’être attentif, d’être conscient, d’être là, d’écouter. J’ai senti que tout le monde était très présent, chacun à sa manière.

Photos Joseph Banderet
Textes Vincent Théval

La Fondation Malakoff Humanis Handicap soutient les projets d’accessibilité à La Villette