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© Julie Cherki
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« Je ne cherche pas la performance, mais le ressenti, la sensation et le cheminement initiatique. »

Marlène Gobber, chorégraphe et interprète du spectacle Mantra

Avec Mantra, Marlène Gobber signe une pièce profondément intime, née de la maternité et du besoin de transmettre une histoire personnelle et familiale. À la croisée du hip-hop, du yoga, des arts martiaux et des pratiques somatiques, la création explore le lien entre corps et esprit, et affirme la danse comme espace de refuge et de soin.

Quelle impulsion a fait émerger Mantra et comment ce titre s’est-il imposé comme une évidence pour vous ?

Mantra est né après la naissance de mon fils en 2020. J’ai alors ressenti l’urgence de raconter mon histoire personnelle et familiale, d’évoquer mon rapport au corps, à ma santé mentale et physique, et de témoigner de mon parcours de fille, de femme et maintenant de mère. C’était une manière de laisser une trace, un héritage.

Mantra signifie la protection du mental en sanskrit. J’utilise les mantras depuis toujours dans ma vie, comme une voix qui me nourrit, me rassure et m’aide. Comme le yoga que je pratique et que je transmets. Je suis fortement inspirée par les cultures d’Asie du Sud-Est, d’Inde et d’Amérique du Sud. Et ici le Mantra apparaissait comme une évidence dans mon rapport à la création, où je traite du rapport entre corps et esprit, et de la danse comme un espace refuge pour moi depuis toujours.

Quelles influences (musicales, corporelles, philosophiques) ont accompagné votre création ?

Sur le plan musical, je suis accompagnée dans cette création par Adam Carpels, Tom Vaylo et Jade Atangana, qui incarnent chacun une part essentielle de mes influences.
Adam compose aussi bien des productions hip-hop, ambiantes, électroniques ou mélancoliques. Son univers, à la fois mystique, mécanique et parfois proche du clubbing, témoigne d’un panel de compétences, autant dans le maniement des instruments que dans la construction de textures sonores profondes. Tom, je l’ai choisi pour le Handpan (instrument de percussion constitué de 2 dômes d’acier), un instrument de musique pour lequel j’ai eu un véritable coup de cœur, et qui faisait pleinement écho à la thématique de la pièce. Quant à Jade, elle apporte les voix féminines, celles qui guident mon chemin et servent de fil rouge à l’ensemble de la création.

Sur le plan corporel, ma gestuelle est nourrie de ma trajectoire, celle du hip-hop – avec le B-girling et le freestyle –, disciplines que j’ai le plus pratiquées et aimées ; le yoga, que je pratique depuis 2014, qui m’inspire, m’équilibre et me répare ; et enfin les arts martiaux, notamment le kung-fu, omniprésent dans mon imaginaire d’enfant des années 90, entre les films, la dimension de la discipline mentale, le dépassement de soi et la maîtrise du corps.

Je suis également très inspirée par le bouddhisme, par des techniques de méditation telles que le Vipassanā, et par les nombreux voyages que j’ai faits en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud. Ces séjours m’ont reliée à la Pachamama (la déesse-Terre dans la cosmogonie andine), et aux médecines ancestrales des peuples natifs amérindiens.

Je m’ancre aussi dans une mémoire corporelle plus intime, celle de la gestuelle ouvrière de mes grands-parents et de mes parents, ces gestes du labeur inscrits en moi comme des traces transgénérationnelles. Toutes ces influences, qu’elles soient musicales, corporelles, spirituelles, culturelles ou familiales, façonnent une gestuelle singulière et profondément personnelle. C’est cette position au carrefour de tous ces héritages qui constitue l’essence même de mon art.

« Le hip-hop et le yoga sont deux outils de libération, de soin et d’expression émotionnelle. »

Vous mobilisez à la fois le hip-hop, le yoga, les arts martiaux et des techniques somatiques. Comment ces pratiques complètent-elles votre démarche chorégraphique ?

Pour moi, le hip-hop et le yoga sont profondément liés, ce sont deux outils de libération, de soin et d’expression émotionnelle, qui permettent aussi de découvrir la puissance du corps. D’un point de vue technique, les inversions, torsions, équilibres ou asanas du yoga rejoignent beaucoup le vocabulaire du breakdance. Les arts martiaux, quant à eux, s’inscrivent dans cette même continuité. Ils me renvoient à l’esprit dans lequel je participais aux battles, avec la préparation en amont, la force mentale et la succession de postures ou de mouvements nécessaires pour franchir un cycle, une étape. Enfin, les techniques somatiques viennent compléter cet ensemble en replaçant le lien entre corps, esprit et sensations au centre du travail. C’est ma priorité dans la danse, je ne cherche pas la performance, mais le ressenti, la sensation et le cheminement initiatique que chaque pratique m’ouvre.

Vous faites partie du programme de résidences de La Villette « Initiatives d’Artistes » : pouvez-vous revenir sur cet accompagnement, et l’impact qu’il a pu avoir sur la création de Mantra ?

Cet accompagnement a été extrêmement positif. Il m’a permis de développer des compétences essentielles pour mener un projet en tant que chorégraphe et directrice artistique. J’y ai rencontré des professionnels bienveillants, dont certains continuent à m’accompagner, comme Anne Le Mottais pour la dramaturgie et ses précieux conseils.
Le programme m’a aussi aidée à élargir mon réseau à Paris, ce qui n’est pas évident quand on vient de Lyon. J’ai pu collaborer avec des personnes comme Tony Tchadjeu ou Vincent Gaugain, qui ont soutenu Mantra et l’ont programmé dans leurs festivals. Et j’espère que d’autres collaborations suivront. Le soutien matériel, notamment en termes d’espace et de moyens, a également été déterminant pour travailler dans de bonnes conditions. Enfin, lors de la reprise de Mantra après ma deuxième grossesse, nous avons été soutenues par IADU (programme Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines / La Villette – Fondation de France), un appui indispensable. Avoir des professionnels qui nous accompagnent dans toutes les étapes de la vie artistique, et particulièrement en tant que femme, est fondamental.

Propos recueillis par La Villette en janvier 2026

Biographie de Marlène Gobber

Marlène Gobber est née dans les années 90 dans une famille d’ouvriers franco-italiens.

Dès 1998, elle découvre le rap et le b-girling au sein de MJC et centres sociaux. Elle se passionne pour la culture hip-hop dans laquelle elle trouve un espace où les classes disparaissent pour laisser place à la créativité et à la libération des émotions.

Elle part à New York et à son retour, expérimente et se forme auprès de danseurs hip-hop français et internationaux reconnus. Jusqu’en 2013, elle s’investit dans la création d’un groupe de shows chorégraphiques exclusivement. En 2014, elle co-fonde à Lyon le collectif LA PIRATERIE au sein duquel elle est chorégraphe et danseuse.

En 2021, Marlène affirme sa position de chorégraphe-interprète en s’engageant dans la création Bonheur Intérieur Brut qui mélange les arts et les esthétiques, et en créant un programme pour les jeunes de sensibilisation sur les dérives de l’orientation professionnelle et des pressions sociales et familiales intitulé Urgence Jeunesse Bonheur.

En 2023, elle signe sa 3e pièce -et son premier solo- Mantra qui traite de santé mentale et physique et du soin que la danse lui apporte.

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