Avec NYST, Mellina Boubetra et Julie Compans sondent ce qui se cache sous la surface du geste. L’une danse, l’autre décrit. Ensemble, elles explorent ce que le corps ne formule pas, ce que les mots permettent de percevoir autrement. Entre danse et audiodescription, leur dialogue révèle l’invisible, fait entendre l’insaisissable et ouvre un espace d’écoute où les perceptions se déplacent.
Comment est née l’envie de cette création commune et quels points de rencontre ou de divergence ont nourri la construction de NYST ?
Mellina Boubetra : NYST est une commande du festival d’Avignon et de la SACD dans le cadre de Vive le Sujet ! 2022. J’avais envie de travailler avec du texte non narratif, non joué au plateau. Improviser et être audiodécrite en direct m’apparaissait être une bonne formule. L’appétit pour l’observation comme porte d’entrée, l’improvisation, la pudeur, les échelles d’observation et la relation à l’espace comme terrains de rencontres.
Julie Compans : L’idée, c’était vraiment de faire cette rencontre entre la pratique de l’audiodescription et la manière de bouger de Mellina, d’ouvrir un espace de curiosité, d’aller loin dans les couches, de faire remonter à la surface tout ce que peut contenir le corps.
Comment avez-vous articulé vos deux écritures chorégraphiques au sein de NYST ; y a-t-il eu des rôles distincts, une mixité des pratiques ou une recherche partagée ?
JC : On a commencé par s’écrire, rebondir sur des choses qu’on aimait chacune. Mellina m’envoyait de courtes vidéos où elle dansait et je lui renvoyais mes descriptions en audio. Il y avait quelque chose de vif et de spontané dans nos échanges. Mellina n’était pas un sujet facile, en dehors des codes, du langage que j’utilisais pour décrire les spectacles de danse en général.
MB : On a cherché ensemble le vocabulaire pour observer mon corps, le rythme des mots et des silences, les différents paramètres de description et de fait, la dynamique de notre relation. J’ai passé du temps à décortiquer mes mouvements. Cette pièce s’est fabriquée dans un aller-retour permanent entre Julie et moi.
« On est toujours resté dans le domaine du sensible, on pouvait pousser les limites en restant dans la sincérité. »
Quels axes de recherche, corporels, rythmiques ou conceptuels ont servi de socle commun tout au long du processus de création ?
MB : Notre obsession en toile de fond : trouver la bonne distance, sensible, l’élasticité entre les mots et le mouvement, ne pas imposer de choisir entre l’ouïe ou la vue et laisser la place aux spectacteur.ices voyants de se questionner sur comment et sur quoi leurs yeux se posent.
JC : Le socle commun pour moi, c’était vraiment ce partage d’expérience et de compétences. Nous sommes toujours restées dans le domaine du sensible, nous pouvions pousser les limites en restant dans la sincérité. La musique au piano et la composition de Patrick de Oliveira sont venues compléter ce lien entre la danse et les mots.
Propos recueillis par La Villette en janvier 2026
MELLINA BOUBETRA suit des études de biologie, puis décide de poursuivre l’observation du corps à travers la danse et la création. C’est avec cet héritage et l’envie d’analyser de nouveaux terrains de recherche qu’elle monte en 2017 la compagnie ETRA.
Après des études en anthropologie du corps, en esthétique et pratique des arts chorégraphiques, JULIE COMPANS trouve dans la formation de danseuse à EPSE Danse (Montpellier) un point de rencontre au croisement du corps et des mots, celui de l’audiodescription pour des personnes mal-voyantes et aveugles.
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