Pour cette nouvelle édition de x100, Boris Charmatz compose une traversée de plusieurs de ses œuvres, réunissant une centaine d’étudiant·es du CNSMDP. Entre transmission et réinvention, la pièce fait dialoguer puissance du collectif et singularité des interprètes, dans une exploration des gestes qui circulent, se transforment et se réinventent au contact de nouveaux corps.
Vous êtes invité par le Festival d’Automne et La Villette à réaliser la prochaine édition du projet x100 – après celles de Merce Cunningham, Lucinda Childs et Trisha Brown. Comment abordez-vous cette transmission XXL vers les étudiant·es du CNSMDP ?
Cette invitation m’intéresse à plusieurs niveaux. D’abord, au niveau de l’histoire, car ces formats ont été consacrés à de grands noms de la danse ; au niveau du Conservatoire, puisque j’ai moi-même étudié la danse au Conservatoire de Lyon. Enfin, au niveau de la transmission : j’avais déjà eu l’occasion de travailler avec des étudiants du CNSMDP pour les projets Happening Tempête et Les Circonstances – et cette expérience avait été marquante. Comment la danse s’apprend, se propage, ou se transmet, est une question centrale pour moi. Je souhaite partir de plusieurs extraits de pièces, afin de reparcourir des moments et des esthétiques différentes issues de mon travail. Je sais qu’il y aura des extraits de 10000 gestes, et de Liberté Cathédrale – la partie des cloches, afin de former un headbanging de 100 personnes. Le travail sur 10000 gestes passera aussi par l’invention des étudiant·es ; il s’agit de remettre en jeu le principe d’une invention sauvage de gestes singuliers qui se mélangent. J’aimerais également leur proposer un extrait de la pièce manger – qui demande de danser, de manger et de chantonner en même temps – mais cela dépendra de leur désir. Il faut pouvoir digérer ces matériaux, au sens propre et figuré.
« J’aime travailler avec la foule ; mais tout l’enjeu en traversant ces pièces très différentes va être également de faire ressortir des singularités, des manières de se saisir et d’appréhender le mouvement. »
Cette invitation fait écho aux projets que vous avez réalisé avec des amateurs ou des professionnels – faisant appel à l’énergie d’un grand nombre de corps dansants.
Oui cette invitation s’inscrit à la croisée du principe x100 déjà existant et de ma propre pratique des pièces ou ateliers pour un grand nombre de corps – comme Fous de danse, Happening Tempête, La Ronde… J’aime travailler avec la foule ; mais tout l’enjeu en traversant ces pièces très différentes va être également de faire ressortir des singularités, des manières de se saisir et d’appréhender le mouvement ; que le regard puisse circuler entre regard panoramique et zooms – comme des focus sur tel ou tel danseur·se. Je ne sais pas encore comment tous ces extraits vont s’agencer ensemble, ni comment passer de manger à 10000 gestes. Cela va être intéressant d’observer la circulation d’un vocabulaire auquel les étudiant.es ne sont peut-être pas habitués. Pour moi c’est un aller-retour : mes gestes vont être transformés par leurs corps. Une part importante sera de trouver une dramaturgie interne : comment agencer ces différents morceaux, un peu à la manière de Liberté Cathédrale, qui est une pièce composée de plusieurs parties indépendantes les unes des autres. L’idée est vraiment de composer une forme mettant en valeur l’art de ces étudiant.es issus de tous les niveaux du conservatoire.
Propos recueillis par Gilles Amalvi, avril 2026
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