© Crédit photo
© Joseph Banderet
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Avec les élèves en apprentissage de la langue française

Reportage

À deux jours des vacances de Noël, l’excitation est palpable au sein de la classe UPE2A (unité pédagogique pour élèves allophones arrivants) du lycée Isaac Newton de Clichy-la-Garenne, inscrite dans le dispositif « Les inattendus » soutenu par la Région Île-de-France. Arrivée en milieu de matinée à Little Villette, la classe se prépare pour la première étape d’une journée dense.
Ces quinze jeunes personnes récemment installées en France vont commencer par suivre un atelier de pratique avec le circassien Abel Benalcazar. Après une présentation des différentes disciplines du cirque et un échauffement de rigueur, les élèves se lancent dans des exercices aux allures de compétition bon enfant.
Ils doivent notamment traverser la longue salle sans toucher le sol et en posant les pieds sur des coussins ronds qu’ils lancent au fur et à mesure devant eux puis récupèrent derrière eux. Proposé sous la forme d’une course de vitesse, l’exercice est d’abord mené en solo puis en binômes puis en équipes de quatre, mobilisant non seulement l’habileté mais aussi l’écoute de l’autre et le sens du collectif.
En jouant sur la solidarité, le moment renforce immédiatement un esprit de groupe qui va être sans cesse sollicité. Un autre exercice les réunit ainsi par quatre, pour former une pyramide : un élève à quatre pattes en forme la base, tandis qu’un deuxième – debout au-dessus de lui à califourchon – sera un point d’appui pour un troisième, qui monte sur le bassin du premier et est soutenu par un quatrième. On tient la pose quelques secondes puis on échange les rôles. Dans un mélange de mots anglais et français, les élèves se félicitent et s’encouragent.
L’atelier s’achève sur un moment particulièrement apprécié : les assiettes chinoises, un classique du cirque que beaucoup connaissent. Faire tourner une assiette sur une baguette demande de l’adresse mais s’apprend vite, laissant les élèves avec la satisfaction de s’y être frottés avec succès.

Après un dernier échange avec Abel Benalcazar pour conclure l’atelier, les élèves quittent Little Villette mais pas le monde du cirque. Direction l’Espace Chapiteaux via une passerelle enjambant le canal et offrant un point de vue unique sur le parc. Là, le groupe va assister aux répétitions du spectacle Moya de la compagnie sud-africaine Zip Zap Circus. Le producteur Xavier Gobin explique en quoi consiste son métier avant de présenter la compagnie, dont la particularité est d’être aussi un centre de formation aux arts du cirque pour des jeunes issus des quartiers pauvres du Cap. D’ailleurs le décor en fond de scène représente les townships de la ville. Devant, les jeunes artistes s’échauffent, enchaînant différentes figures impressionnantes sans trop de difficultés.

« En voyant des images à la télé ou sur mon téléphone, j’imaginais bien que c’était dur mais je ne pensais pas qu’il fallait sept ou quinze ans de pratique pour avoir ce niveau incroyable. »

Mohsen, élève du lycée Isaac Newton

Chaque exercice est l’occasion pour l’enseignante, Marie Prudhomme, de nommer les disciplines et objets en français. Les élèves posent des questions précises, notamment sur le temps de pratique nécessaire pour atteindre un tel niveau : les artistes au plateau sont jeunes mais là depuis longtemps (sept ans pour le plus récemment arrivé) et travaillent six heures par jour quand ils sont à l’école. Mohsen, l’un des élèves du lycée, qui a découvert La Villette aujourd’hui et trouve que le parc « ressemble à un château », est enthousiaste à l’issue de cette journée : « C’est la première fois que je pratique le cirque et j’ai trouvé ça cool et drôle de le faire avec le groupe. Et en voyant les répétitions, j’ai aussi compris qu’il fallait beaucoup de temps pour arriver à ce résultat. En voyant des images à la télé ou sur mon téléphone, j’imaginais bien que c’était dur mais je ne pensais pas qu’il fallait sept ou quinze ans de pratique pour avoir ce niveau incroyable. Force à eux ! ».

Trois questions à Marie Prudhomme, professeure de Français langue seconde (FLS)

Comment fonctionne une classe UPE2A ?
Les élèves intègrent ce dispositif à leur arrivée en France, durant un an de date à date. Les arrivées s’échelonnent toute l’année mais les élèves s’intègrent vite ; c’est une classe très soudée. Mon rôle est de les mettre à niveau en français pour qu’ils puissent intégrer le cursus classique, soit en première générale ou technologique, soit en seconde. En fonction de leur niveau et des matières, ils sont aussi répartis dans leurs classes de rattachement pour suivre les enseignements classiques.

Comment s’organise leur parcours à La Villette ?
Il s’inscrit dans le cadre d’un partenariat de deux ans avec notre établissement. Leur parcours prévoit deux sorties à La Villette – avec à chaque fois un atelier de pratique, l’accès à des répétitions et un spectacle – et deux événements au lycée, dont un pop-up*. Sortir de la classe renforce encore leurs liens : c’est rassurant pour eux de rester ensemble, parce qu’ils ont vécu la même chose et rencontrent les mêmes difficultés. Quand ils sont dans leurs classes de rattachement, ils sont plus en retrait et n’osent pas prendre la parole. Ils ont donc toujours besoin de revenir dans la classe UPE2A, qui est comme un cocon.

Comment avez-vous préparé cette journée à La Villette ?
Nous avons consacré une séance au champ lexical du cirque, en partant du teaser vidéo et du texte de présentation du spectacle. Je leur ai également parlé de l’Afrique du Sud, de Nelson Mandela et de la dimension sociale de la compagnie Zip Zap Circus. Avec ce projet, je peux tirer énormément de fils, du vocabulaire en passant par la géographie ou l’histoire. Le travail se poursuit après la sortie : je leur demande de raconter la journée, à l’oral puis à l’écrit. Pour moi, tout est support de travail pour faire progresser les élèves en français. Et comme ils sont très motivés, intéressés et curieux, ils progressent vite.

*Une courte performance d’un ou plusieurs artistes présentée devant des élèves.

Photos Joseph Banderet
Textes Vincent Théval

La Fondation Malakoff Humanis Handicap soutient les projets d’accessibilité à La Villette