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© Filip Van Roe
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« Il faut qu’on puisse sentir l’effort, voire la lutte du corps pour suivre la musique. »

Jan Martens, chorégraphe, à propos de ses pièces On Speed et Graciela Quintet.


Jan Martens présente ses créations Graciela Quintet et On Speed, où la danse et la musique se mêlent avec précision et créativité. Influencé par Trisha Brown et Anne Teresa De Keersmaeker, il s’inspire de leur approche minimaliste tout en explorant de nouvelles pistes artistiques, conjuguant émotion et rigueur.

Graciela Quintet a été créé à partir de la musique de Graciela Paraskevaidis. Comment avez-vous rencontré le travail de cette compositrice argentine peu connue en France ?

Cela fait plusieurs années que je cherche à partager des voix musicales inouïes en Europe (Jan Martens travaille à Bruxelles). Très reconnue en Amérique latine, Graciela Paraskevaidis a un langage unique. Quand l’Opera Ballet Vlaanderen, où je suis artiste associé, m’a commandé une petite forme, j’ai choisi sa composition Libres en el sonido presos en el sonido pour son minimalisme et sa clarté. Dans le cas de musiques quasi inconnues, la difficulté est de faire en sorte que le public puisse entendre et apprécier la pièce dès la première écoute. Très vite, l’idée est venue de lier un danseur à chacun des cinq instruments, et de « coller » à la partition pour traduire et éclairer la structure musicale par le langage des corps. Comme Paraskevaidis travaille par répétitions-variations, la deuxième idée forte a été de jouer la pièce deux fois de suite, et d’effectuer un changement de costume important qui redéfinit les mouvements.

« Les corps ont l’air d’être complètement libres, de flotter, de jouer presque, mais l’écriture est en réalité d’une incroyable précision. »

On Speed est extrait du solo Elisabeth Gets Her Way, que vous avez créé en 2021 à partir de sept morceaux enregistrés par la claveciniste Elisabeth Chojnacka. Comment s’est passé le passage de relais avec Nicola Wills et David Ledger, de l’Opera Ballet Vlaanderen ?

Ça a été extraordinaire de revisiter On Speed à travers d’autres corps. Chacune des parties du solo met en jeu une façon différente d’interagir avec la musique. Pour celle-ci, il s’agit de rester aussi proche que possible de la partition (Phrygian Tucket de Stephen Montague) en associant chaque mouvement à une note. Il faut qu’on puisse sentir l’effort, voire la lutte du corps pour suivre la musique, qui est si rapide, si virtuose. Je suis un danseur plutôt impulsif, émotionnel ; je n’ai pas les capacités techniques des membres du Ballet. Donc pour conserver cette dimension, j’ai dû augmenter la difficulté de la chorégraphie, spécialement pour eux !

Dessinant une très belle filiation, vos pièces sont programmées aux côtés de deux icônes de la danse post-moderne, Trisha Brown et Anne Teresa De Keersmaeker. Que retenez-vous de leurs pratiques respectives dans votre propre geste artistique ?

Tout en ayant une signature reconnaissable, Anne Teresa De Keersmaeker a une immense capacité d’invention et de renouvellement. C’est l’une des premières chorégraphes que j’ai découvertes ; j’avais 17 ans, j’apprenais qu’on pouvait danser professionnellement. Son art fait partie de ceux qui m’ont construit. Fase en particulier m’avait frappé : je ne comprenais pas comment une pièce si formelle pouvait avoir une si grande répercussion émotionnelle.
Les chorégraphies de Trisha Brown sont remarquables par leur très grand contraste : les corps ont l’air d’être complètement libres, de flotter, de jouer presque, mais l’écriture est en réalité d’une incroyable précision. Son travail est si anatomique… Brown et Keersmaeker ont chacune créé leur propre forme de minimalisme, et elles sont toutes les deux virtuoses. C’est un honneur de faire partie de ce programme.

Propos recueillis en novembre 2024 par Raphaëlle Tchamitchian pour La Villette

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