© Crédit photo
© Thomas Bohl
© Crédit photo
© Thomas Bohl

« J’avais envie de parler de l’humain dans ce qui le constitue profondément et le distingue des autres vivants. »

Johan Bichot, chorégraphe et interprète de Glissement Opus 2


Créateur de la compagnie Octobre 82, Johan Bichot poursuit son travail autour du corps, du langage et de l’existence avec Glissement – Opus 2. Dans ce nouvel opus, il mêle mât chinois, mots prononcés, inspirations littéraires et gestes glissés pour questionner ce qui nous relie profondément au monde. De Beckett à Jankélévitch, en passant par les images poétiques de Gilbert Garcin, l’artiste tisse un parcours sensible et physique, entre équilibre et transformation.

Que signifie le titre Glissement ? Et comment s’articule cet opus 2 par rapport à Opus 1 ?

Ce titre provient du désir que j’avais de travailler sur de la matière corporelle issue de mouvements « glissés ». 
Il y a aussi une lecture plus figurée de ce terme quand on parle du glissement de la pensée. J’avais envie de faire évoluer mon personnage de manière à ce qu’il puisse rester poreux au moindre petit événement, à la moindre rencontre et cette idée de glissement me paraissait un bon départ pour commencer à tracer ce cheminement pour lui. 

Opus 2 est une suite d’Opus 1
Le personnage est le même, on retrouve ses codes corporels ou vestimentaires. Ce qui l’anime reste cette quête existentielle de comprendre qui il est. 

Je dirais qu’Opus 1 était comme une naissance du personnage et Opus 2 constitue un glissement vers son évolution au travers d’un paysage qui a changé et qui le conduit vers d’autres aventures et d’autres enjeux.

Dans votre parcours, vous naviguez entre danse et acrobatie. Et dans Glissement – opus 2 il y aussi du texte et de la prise de parole. Qu’est-ce que ces «outils» apportent à votre propos ?

Dans ce projet, j’avais envie de parler de l’humain dans ce qui le constitue profondément et le distingue des autres vivants. 
La parole est selon moi un des éléments qui nous caractérise le plus et que nous utilisons communément pour communiquer. 
Il me semblait intéressant d’utiliser, au-delà de mon propre langage corporel relié à la danse et l’acrobatie, cet outil qui nous réunit tous pour embarquer le spectateur dans cette quête universelle de ce que signifie exister. 

Dans la parole, il y a aussi l’écriture et les mots qui la constituent et qui sont tracés tout au long de la pièce, lui apportant une dimension plus concrète. 
Ces mots sont une véritable matière première pour le personnage dans sa tentative de comprendre le monde. 

« Le personnage que j’incarne est toujours sur le fil, à la limite entre équilibre et déséquilibre. »

Parmi vos sources d’inspirations, vous citez Samuel Beckett, l’artiste photographe Gilbert Garcin ou encore le philosophe Vladimir Jankélévitch : de quelles manières influencent-ils votre travail ?

L’écriture morcelée et répétitive de Samuel Beckett me touche particulièrement. 
Chez lui, je trouve que les mots deviennent une véritable matière première qu’il sculpte et re sculpte sans cesse. 
Ce façonnage fait pour moi écho à ce que peut être la condition de l’humain sur Terre.

Le travail en noir et blanc du photographe et plasticien Gilbert Garcin m’a beaucoup inspiré tant par l’œuvre elle-même que par sa manière de l’élaborer.
Par un procédé singulier et presque artisanal de collage, il met en scène sa propre image dans des paysages imaginaires composés de formes et d’objets avec lesquels son image interagit de manière poétique et burlesque. 

Vladimir Jankélévitch est un penseur que j’aime beaucoup, tant par sa personnalité que par ses idées et la manière qu’il avait de les transmettre. 
Son élocution particulière et très chantée constitue une véritable musique dont je me suis inspiré pour la création de mon personnage. 
Chez lui, le concept philosophique se fabrique en direct par le glissement d’une idée à une autre. Il nous donne ainsi accès à l’élaboration de sa pensée virevoltante. 

Dans le spectacle, votre personnage joue avec un mât chinois revisité : d’où vient l’idée de cette installation ?

L’idée du mât autonome m’est venue car c’est une structure relativement simple, ni trop grande ni trop petite, qui se monte et se démonte facilement et qui permet un grand nombre de combinaisons de formes et de jeux. 
Comme la gestuelle du personnage est très en relation avec les objets, et que le mât est fait de plusieurs parties toutes amovibles, c’est un partenaire idéal. 
De plus, le travail physique dans cette pièce se porte beaucoup sur les éléments qui caractérisent l’humain, notamment la stature verticale. 
Ainsi, le personnage que j’incarne est toujours sur le fil, à la limite entre équilibre et déséquilibre. Dans sa quête de verticalité, le mât est une figure sur laquelle il s’appuie au sens propre comme au figuré pour tenter de tenir debout, de se tenir debout.

Propos recueillis par La Villette

Ce spectacle a bénéficié du programme Initiatives d’artistes de La Villette qui vient en soutien à la création et à la diffusion, pour accompagner les artistes dans leurs démarches jusqu’à la réalisation de leur spectacle.

Biographie de Johan Bichot

Johan Bichot s’est formé à l’ENACR puis à l’école Fratellini où il crée deux pièces, Wackyland et Arena, en 2007 et 2008. En 2009, Il travaille en tant qu’acrobate en Italie dans le music-hall d’Arturo Brachetti Gran Varietà. Entre 2010 et 2011, il danse au sein de différents projets notamment à l’opéra dans La flûte enchantée (mise en scène Jean-Paul Scarpitta) puis aux côtés du chorégraphe Josef Nadj dans la pièce Cherry brandy et avec les frères Ben Aïm dans l’Ogresse.

En 2012 il collabore avec l’artiste Netty Radvanyi sur deux projets dans le cadre de l’école du Fresnoy, un spectacle de cirque Striptyque écrit autour du peintre Francis Bacon puis un court métrage qu’il co-écrit et dans lequel il joue L’ombre de Salah. En 2014 avec Netty Radvanyi il est lauréat du programme Circusnext avec le spectacle Brut mettant en scène un cheval nommé Arto. En 2015 et 2017, il joue comme comédien au théâtre dans les pièces de Guillaume Barbot Nuit (adaptation du film La Nuit du chasseur prix du public au festival impatience) et Amour. Entre 2018 et 2022, il travaille en tant qu’interprète aux côtés de Christian Rizzo dans la pièce Une Maison et avec les frères Ben Aïm dans leur spectacle Facéties. Pour la saison 2024-2025, il rejoint de nouveau les frères pour leur création Tendre Colère. En novembre 2021, il crée sa compagnie Octobre 82 à travers laquelle il tente, dans un rapport presque artisanal à la danse, de tisser un lien intime entre corps et matière, un endroit où le mouvement n’est plus exclusivement chorégraphique mais devient geste nécessaire.

Ne manquez pas ce spectacle

Nouvelle Saison de La Villette
Saison 24/25

Spectacles, événements, expositions, tout y est.