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© Léon Prost
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« Cette plongée dans les images des réseaux sociaux, je l’imagine comme un cirque. »

À quelques semaines de sa création, Marion Motin nous parle de Marylin Monroe, Janis Joplin, Nina Simone et pas que.

Dans cet entretien, Marion Motin dévoile les inspirations qui ont guidé la création de sa nouvelle pièce, Narcisse. Entre paillettes et réflexions sur l’égocentrisme, elle nous entraîne dans un univers où la starification et l’objectification se mêlent à des questionnements profonds sur les rapports humains.

Qu’est-ce qui vous a conduite au thème du narcissisme ?

Ce qui est arrivé en premier, c’est la matière. J’ai d’abord eu des envies de paillettes, de brillance, de miroirs qui recouvriraient tout, comme dans les fêtes foraines. Je me suis rendue compte en chemin que j’allais vers le mythe de Narcisse, vers l’égocentrisme et des questionnements qui traversent notre société et m’inquiètent. Créer cette pièce me permet de réfléchir à tout ça. On va y tomber amoureux de soi-même, embrasser son reflet et plonger dans les abîmes de notre égocentrisme. En cela, Narcisse a un lien avec Le Grand Sot : ce qui me passionne et me questionne, ce sont les rapports humains dans notre société et j’ai besoin d’en parler et d’en faire des pièces pour comprendre.

Pourquoi passer par l’image de la star pour évoquer ces questions ?

J’avais envie de chant, de playback, de quelque chose de démonstratif. Pour côtoyer d’immenses stars, je me rends compte combien est grande l’objectification de ces personnes, à quel point elles sont juste des images pour les autres. Je me suis retrouvée dans des situations où, en pleine rue, des gens arrivaient pour les prendre en photo sans jamais sembler imaginer qu’en face d’eux se trouvait un humain avec des émotions et des sentiments. C’est très violent, la façon dont l’image d’une star appartient au public. Et c’est compliqué de garder les pieds sur terre et de ne pas laisser son image prendre le dessus. J’avais envie de parler de l’égocentrisme mais aussi de l’objectification des stars, même si ce n’est pas forcément littéral dans la pièce. Dans certains solos, j’essaie de jouer sur le côté iconique des rock stars puis de dériver vers un côté plus sombre et intime de la personne. J’incarne une sorte de Janis Joplin et – dans mon solo – je vais jusqu’à me frapper la tête au sol parce que je ne supporte pas de me voir vieillir et de ne pouvoir regarder mon image telle qu’elle est. Pour évoquer Marylin, Maud Amour oscille entre deux facettes de ce personnage dont l’apparence sexy et joviale n’est en réalité pas si facile à assumer dans la vie. J’essaie à chaque fois, y compris avec la musique et les lumières, d’amener une dualité entre pop et glauque, de faire glisser chaque artiste d’une émotion à l’autre.

« J’écris toute la chorégraphie mais ils et elles ont de l’espace dans leurs solos parce que je veux voir leurs personnalités et leurs gestuelles. »

Comment avez-vous travaillé avec les quatre autres interprètes de Narcisse ?

La collaboration prend naissance dès les auditions parce que j’ai besoin d’être inspirée par la personnalité des danseurs et danseuses avec qui je travaille. Au dernier tour des auditions, je leur ai demandé de préparer et performer un solo en imaginant qu’ils étaient une rock star. Maud est venue avec Marylin et j’ai conservé ce personnage. Chris Fargeot a choisi Nina Simone, que j’ai gardée aussi. J’écris toute la chorégraphie mais ils et elles ont de l’espace dans leurs solos parce que je veux voir leurs personnalités et leurs gestuelles. Ce sont des solistes exceptionnels qui ont leurs propres danses, même si je peux les diriger vers des états, vers ce que je cherche dans leur personnage. Il faut qu’ils racontent quelque chose. Et j’ai fait en sorte que les solos arrivent de façon abrupte et inattendue, en décalage avec les chorégraphies de groupe, de façon à ce que la pièce soit compréhensible sans être explicative.

Quels choix avez-vous opérés pour la scénographie ?

Très vite, j’ai voulu un tapis de sol rond en miroir, comme une réminiscence du cirque, pour sortir du standard des scènes carrées. Et nous avons imaginé un fond tout en miroirs, suspendu par des crochets. J’ai choisi de laisser ces crochets à vue car ils renvoient à une idée de cruauté ou de sadisme, à quelque chose d’assez brutal.

Comment utilisez-vous la musique, en regard de cet aspect abrupt que vous évoquez ?

Les musiques sont très chargées et on passe d’un univers à l’autre – parfois épique, parfois doux – de façon un peu schizophrénique. Après avoir exploré différentes pistes, je me suis tournée vers mes premiers amours : Pink Floyd et leur incroyable capacité à écrire des musiques à la fois chargées et qui échappent au format chanson. En addition, et pour assurer une certaine cohérence, une petite musique de cirque – avec des cuivres – revient régulièrement, comme quelque chose qui nous envoute, à l’image des réseaux sociaux. Cette plongée dans les images des réseaux sociaux, je l’imagine comme un cirque dans lequel on serait pris, comme des bêtes de foire. Et j’apprécie particulièrement que le spectacle se joue à l’Espace Chapiteaux de La Villette, cela a beaucoup de sens. Le choix s’est fait en discussion avec les équipes et doit beaucoup à la relation de confiance qui s’est nouée avec La Villette depuis mes débuts. Cette fidélité est précieuse.

Propos recueillis par Vincent Théval, octobre 2024

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