Dans une création en duo mêlant danse et scénographie, le chorégraphe mozambicain Idio Chichava interroge les nouvelles formes de masculinité. Sur une musique signée May Mbira, il compose avec Lulu Sala un dialogue corporel puissant au cœur d’un espace recyclé, reflet des tensions et richesses de la société mozambicaine.
Corps global
Il s’est produit aux quatre coins du monde, a ébloui la dernière édition de « La Ville Dansée » à Paris et remporté fin 2024 le prix SEDA de la Fondation Gulbenkian : avec son approche interculturelle, le chorégraphe Ídio Chichava est bien parti pour imprégner durablement le paysage européen. Fort d’une carrière française menée – entre autres – aux côtés de la troupe Kubilai Khan Investigations, c’est aujourd’hui entre Toulon et Maputo, la capitale du Mozambique, qu’il déploie ses recherches et son goût pour la transmission. Luttant avec ténacité pour la reconnaissance du métier d’artiste dans son pays natal, il œuvre au sein de sa compagnie Converge+ à la promotion active de la danse contemporaine – que ce soit par la présentation de spectacles dans l’espace public ou à travers l’enseignement gratuit aux communautés locales. Un engagement indissociable de son art, qu’il développe en puisant dans l’énergie du collectif.
Fidèle à son parcours éclectique (qui l’a vu notamment transiter par l’école P.A.R.T.S. à Bruxelles), le créateur opère au croisement des courants en partant des danses traditionnelles dont il est lui-même issu. De là un langage synergique mobilisant la voix, le chant et le mouvement, qui s’épanouit depuis quelques années dans la notion de « corps global ».

D’homme à homme
Au lendemain des élections présidentielles d’octobre 2024, le Mozambique a basculé dans une énième crise politique. En cause : la victoire contestée de Daniel Chapo et du Frelimo, un parti au pouvoir depuis 1975. Figure du Podemos, l’opposant Venancio Mondlane a appelé au rassemblement pour dénoncer les méthodes de scrutin et le nouveau gouvernement. S’en sont suivies des manifestations massives, violemment réprimées par une police sans états d’âme, précipitant la mort d’au moins 130 personnes… C’est dans l’écho de ces tensions récentes – à l’heure où le patriarcat dicte les guerres et fait encore les lois – qu’Ídio Chichava et son homologue Lulu Sala ont pensé leur duo. Avec son titre fleuve – Vejo Anjos Que Atravessam O Sol Na Minha Sala (Je vois des anges traverser le soleil dans ma chambre) – ce spectacle teinté de poésie spirituelle soulève une question fondamentale : que signifie « être un homme » dans la société mozambicaine et au-delà ? Au milieu d’un décor diapré alliant objets du quotidien et matières recyclées, le tandem déroule son dialogue comme un rituel de survie. En shorts de boxe, enduits de paillettes ou enveloppés dans une couverture thermique, ces « danseurs mâles » font et défont un ample tissu à motifs en se mesurant l’un à l’autre. Tendus entre virilité et sensualité, ils se repoussent, s’attirent, se défient ou s’entrelacent au rythme des partitions live du musicien May Mbira, élaborées à partir d’instruments traditionnels. À travers cette architecture sonore et visuelle s’expriment ainsi des luttes de tous les jours en même temps qu’une libération des corps, qui en se dénudant sur scène font valser les tabous. À l’horizon d’une autre masculinité, un monde imaginaire s’esquisse alors – céleste, terrestre et flamboyant.
Justine Taillard, pour Points communs-nouvelle scène nationale Cergy- Pontoise, 2025
Danseur et chorégraphe mozambicain, Idio Chichava, vit entre Maputo et le sud de la France.
Il commence la danse en 2000 avec une pratique traditionnelle, et fonde la compagnie Amor da noite en 2001, année où il rencontre la danse contemporaine avec la compagnie CulturArte et Danças na Cidade. En 2005, il rejoint la compagnie Kubilai Khan investigations avec qui il travaille depuis. Il a participé à plusieurs ateliers de chorégraphes (Lia Rodrigues, George Khumalo, Riina Saastamoin, Sandra Martinez, Thomas Hauert et Betina Hozhausen) et a suivi les cours de l’école P.A.R.T.S. En tant que danseur et chorégraphe, il a travaillé avec de nombreux artistes dans plus de 30 pays en Europe, en Asie et en Afrique…
Idio Chichava est par ailleurs très investi dans le travail de transmission : il enseigne au conservatoire national de Toulon et donne de nombreux ateliers. Depuis quelques années il développe ses propres projets avec la compagnie Converge+ : des projets de collaboration artistique multidisciplinaires et créatifs, mais aussi des projets individuels. Il explore notamment les espaces urbains, les musées, les galeries, etc.
Il prépare actuellement un diplôme supérieur en danse contemporaine (Diplôme d’État).
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