© Crédit photo © Florent Michel - 11h45
© Crédit photo © Florent Michel - 11h45

« Ce qui me tient à cœur, c’est non seulement de veiller à promouvoir et exposer la jeune création mais aussi de défendre et d’accompagner les jeunes artistes… » Inès Geoffroy

Cheffe de projet culturel et commissaire d’exposition
(Direction de la Programmation Culturelle et Événementielle)

Quel est ton métier et pourquoi as-tu choisi de travailler à La Villette ?

J’ai eu la chance d’être recrutée en 2018 en tant que chargée des expositions. Aujourd’hui, je suis commissaire d’expositions à La Villette. Avec 100% L’EXPO, c’est un poste à la fois de gestion artistique d’événement et de portage de projets en coordination avec les équipes associées.

« C’est un poste à la fois de gestion artistique d’événement et de portage de projets en coordination avec les équipes associées. »

Il y a-t-il une dimension particulière que La Villette évoque pour toi ?

Oui ! La Villette est plus qu’un établissement culturel, c’est aussi un lieu de vie. J’ai connu d’autres institutions culturelles mais, ici, j’ai trouvé hyper intéressant de pouvoir s’ancrer dans la dimension de la Grande Halle… et j’adore travailler dans un parc.

Comment qualifier ce qui soutient tes actions à La Villette ?

Ce qui me tient à cœur, c’est non seulement de veiller à promouvoir et exposer la jeune création mais aussi de défendre et d’accompagner les jeunes artistes.

« Ce qui me tient à cœur, c’est de veiller à ne pas seulement promouvoir et exposer la jeune création mais aussi de défendre et d’accompagner les jeunes artistes. »

Peux-tu décrire une de tes journées type ?

Il y a deux dimensions dans chaque journée : d’une part la gestion de projet au bureau et sur le terrain (accueils des artistes et des partenaires auxquels s’ajoutent les nombreux échanges avec les équipes en interne).

D’autre part, il y a le travail de prospection de nouveaux talents quasiment tous les soirs (vernissages, performances, repérages de créations et de spectacles). Sur une petite partie de l’année, il y a ce qu’on préfère : les journées de montage dans la Grande Halle et voir le projet se concrétiser !

Où et comment exerces-tu ta veille de la jeune création ?

Il faut tout le temps aller voir ce qui se passe ! Je me déplace dans toute la France : la semaine dernière j’étais par exemple à la triennale d’art contemporain de Nîmes et je vais souvent à Marseille qui a une scène émergente très vivante.

« Il faut tout le temps aller voir ce qui se passe ! Je me déplace dans toute la France… »

Quelle est la temporalité sur l’année pour les actions que tu organises ?

Dès qu’une édition 100% L’EXPO est ouverte on prépare la suivante : sélection des futures écoles, appel à candidatures, jury en septembre, suivi d’une période intense à l’automne où l’on va confirmer les artistes et sélectionner les œuvres. Vient ensuite une première esquisse de scénographie suivie d’un travail très précis pour affiner toutes ces données jusqu’au montage et à l’ouverture au public. De nombreuses équipes sont mobilisées par 100% L’EXPO sur toutes ces étapes. L’été est le seul moment où je travaille plus en solitaire.

« L’été est le seul moment où je travaille plus en solitaire. »

Avec quelles équipes de La Villette travailles-tu le plus ?

La cheffe de projet initie les choses mais ensuite les différents référents de chaque direction (Technique spectacle, Production, Communication et publics) rejoignent au fur et à mesure la bulle projet. En 6 ans, on a réussi à constituer une équipe solide et expérimentée.

On collabore aussi avec les équipes des résidences de La Villette pour intégrer des artistes labellisés Initiatives d’Artistes et élargir le format de l’exposition au spectacle vivant et à la performance.

« En 6 ans, on a réussi à constituer une équipe solide et expérimentée. »

Tu évoques souvent le travail des équipes Technique spectacle pour la préparation et la réalisation de l’événement ?

Au départ, il y a un important travail d’organisation de la part des équipes de régie : le transport des œuvres dans toute la France, et leur emballage minutieux, sont assurés majoritairement en interne.

« C’est une solution fiable et économique et un atout Villette qui permet d’assurer un contact personnalisé pour les artistes. »

La réserve technique constitue un autre atout pour La Villette et une chance pour l’économie du projet : le stockage des cimaises permet leur réemploi chaque année. Beaucoup d’autres lieux sont obligés de jeter. Les équipes Technique spectacle ont initié de nombreuses idées de ce type comme le réemploi des échafaudages. Ils ont permis un travail très fin sur la mise en lumière des œuvres avec des espaces plus intimistes pour celles nécessitant une pénombre et un espace sonore. Cette grande précision technique -notamment de la mise en scène et en lumière- a été saluée par les artistes et le public.

Et le travail avec les équipes de production ?

On voit souvent 100% L’EXPO comme une vitrine mais il y a aussi en amont un grand travail d’accompagnement quasi pédagogique. Il y a en effet un travail conséquent mis en place pour professionnaliser ces jeunes diplômés. 

Les précédentes années, les équipes de production accompagnaient les artistes dans la création de leur statut d’artiste-auteur. Cette année, elles ont mis en place des formations sur la création du statut d’artiste-auteur pour accompagner les jeunes artistes sur l’administratif, ainsi que des rencontres avec des professionnels pour qu’ils constituent leur réseau. 

Enfin, les équipes de production sont toute l’année au plus près des projets artistiques et interviennent régulièrement jusqu’au montage où elles vont finaliser les nombreux contrats et constats.

« On voit souvent 100% L’EXPO comme une vitrine mais il y a aussi en amont un grand travail d’accompagnement quasi pédagogique. »

Et en termes de communication et d’expérience pour les publics ?

Une belle présence de l’événement avec une nouvelle identité visuelle a été imaginée en communication. L’image de 100% L’EXPO a gagné en cohérence et en lisibilité en étant détachée des spectacles labellisés et en l’affirmant comme objet artistique atypique, incluant sa logique de festival.

En lien avec les équipes de la communication et des publics, il y a bien sûr toutes les étapes de l’ouverture au public avec les vernissages, les rencontres presse, le suivi des performances, l’envoi des catalogues. 

Cette année, le travail enclenché sur la médiation a été prolongé et on a pu améliorer la circulation des publics, en s’emparant d’un nouveau volume avec toute la nef sud de la Grande Halle. Toutes les œuvres ont pu être rassemblées au même niveau, facilitant l’expérience de visite : l’entrée sous le péristyle attire d’ailleurs de nouveaux publics.
En terme éditorial, l’autre avantage de ce nouveau format est de permettre à tous les artistes d’être au même plan et de valoriser encore mieux chaque projet.

« L’image de 100% L’EXPO a gagné en cohérence et en lisibilité […] en l’affirmant comme objet artistique atypique, incluant sa logique de festival. »

Quels regards sur La Villette ont les jeunes diplômés sélectionnés ?

Formations, mise en valeur des œuvres, mise en lien entre eux et avec le réseau… Toute cette chaîne d’accompagnement de La Villette est particulièrement appréciée par les artistes. 

Beaucoup reconnaissent l’opportunité d’être programmés ici dans leur jeune carrière. Ils réalisent qu’ils bénéficient d’un espace d’exposition exceptionnel à exploiter et d’une équipe dédiée conséquente de professionnels avec plusieurs niveaux d’expertise.

Les jeunes artistes sont très sensibles aussi aux aspects de médiation et à la diversité des publics de La Villette.

« Toute cette chaîne d’accompagnement de La Villette est particulièrement appréciée par les artistes. »

L’événement crée-t-il des liens entre les écoles et les jeunes diplômés ?

Plusieurs vernissages et moments de convivialité sont organisés pour créer du lien entre les écoles et entre les artistes. Ces échanges sont très riches et enclenchent parfois de futures collaborations. On y ressent la force du maillage territorial des écoles d’art qui sont un soutien en soi de toute la diversité et de la richesse de la jeune création.  

L’exposition est la colonne vertébrale de l’événement mais ce sont tous ces moments de rencontres et de performances qui créent du lien et donnent de la vie à l’ensemble. 

« L’exposition est la colonne vertébrale de l’événement mais ce sont tous ces moments de rencontres et de performances qui créent du lien… »

Il y a-t-il des spécificités de l’édition 2024 de 100% L’EXPO qui te tiennent à cœur ?

Le fait d’avoir un appel à candidature officiel et un jury extérieur ont été les deux grandes avancées de cette année. On a pu également élargir l’ouverture aux régions avec de nouvelles écoles et associer de nouveaux partenaires qui composent l’écosystème de la jeune création contemporaine.

Selon toi, en quoi La Villette est-elle spécifique comme lieu culturel, avec 100% L’EXPO ? 

Encore une fois, c’est un énorme projet maison qui mobilise énormément de savoir-faire en interne avec une ingéniosité pour trouver des solutions et être auto-suffisant pour mettre en œuvre le projet. Je n’ai jamais vu cela ailleurs. Ici, on retrouve les mêmes équipes sur chaque édition avec un historique qui se crée au sein de l’établissement. Il y a une continuité de l’expérience collective, portée par ces personnes et ça, ça me plait.

Quels défis et enjeux pour l’événement dans le futur ? As-tu un rêve en particulier ?

La critique est très positive d’année en année et cela nous motive énormément pour la suite : 100% L’EXPO est cité comme “Le rendez-vous devenu incontournable pour toute jeune carrière”. Mon objectif est surtout d’améliorer continuellement les conditions de bien-être et d’accompagnement des jeunes artistes.

« Mon objectif est surtout d’améliorer continuellement les conditions de bien-être et d’accompagnement des jeunes artistes. »