Avec MukashiihsakuM, Valentine Nagata-Ramos puise dans les récits japonais anciens pour faire surgir un imaginaire où se frôlent humains et créatures surnaturelles. Portée par un trio 100 % breaking, elle détourne les contes et en révèle la part d’ombre. Entre puissance physique et tension narrative, la danse interroge nos instincts, notre lien au vivant et la frontière entre l’humain et le monstrueux.
Vous avez imaginé MukashiihsakuM (Mukashi Mukashi) comme un dialogue entre contes japonais et danses urbaines, pièce que vous avez d’abord créée à destination du jeune public. Vous présentez maintenant une version adulte. Quels sont les éléments qui diffèrent d’une version à l’autre ?
MukashiihsakuM est une pièce qui dure plus longtemps et qui n’a pas la même distribution avec 2 danseurs et 1 danseuse spécialistes de Break. Alors que dans la version jeune public, les danseurs sont spécialistes d’autres danses (krump, popping, breaking).
MukashiihsakuM explore la porosité entre l’inhumain et l’humain. La pièce est mise en valeur par une création lumière de Ydir Acef qui sculpte le plateau et les corps. J’ai aussi voulu travailler avec une costumière Alice Touvet, pour créer des personnages « irréels » qui au fur et à mesure du temps s’humanisent et se débarrassent de leurs peaux comme une mue, avec toute la symbolique que cela implique.
L’univers en général est plus « dark » que Mukashi Mukashi : les rapports entre chaque personnage sont plus tendus (forcément quand on parle de monstruosité).
MukashiihsakuM est vraiment pensé pour se jouer dans une boite noire.
A contrario, la pièce jeune public a été pensée pour se jouer dans des lieux non dédiés (salles de classe, gymnases, salles de fêtes ou auditoriums…) et même si le point de départ reste les contes japonais, la version jeune public reste beaucoup plus douce et légère.
Dans la version jeune public vous réunissiez des danseurs aux spécialités différentes. Dans celle-ci, seul le breaking est représenté. Pourquoi cette évolution ?
Ici seul le Breaking est la spécialité mise en valeur malgré des influences diverses de chaque danseur. Le point de rencontre est plus facile et la compréhension de “langage” est plus fluide entre les danseurs et moi (car je suis moi-même spécialiste de cette technique). Le corps d’un danseur de Break est un corps engagé : il va et se met dans tous les sens et c’est ce qui me plaît. Quand on pense à un monstre, on pense aussi à un corps déformé, chose que le Break peut particulièrement faire. Cela donne une lecture différente à une narration tout en y rajoutant une pointe de décalé.
« Le Breaking est un corps engagé, capable de raconter l’histoire des monstres et des hommes avec puissance et décalage. »
Le spectacle intègre un travail sur la lumière, sur les ombres, ainsi qu’une composition sonore mêlant instruments traditionnels japonais et danses urbaines. Comment ces éléments ont-ils façonné votre écriture, au-delà du mouvement ?
Le point de départ était les contes japonais et ce que les monstres peuvent y incarner. J’en reviens forcément à une ambiance « noire » d’où un travail de lumière évident ainsi qu’une grosse recherche sur les musiques traditionnelles japonaises. Le but étant d’immerger le spectateur dans cette ambiance japonisante mi-homme mi-monstre.
Propos recueillis par La Villette en février 2026
Valentine Nagata Ramos est chorégraphe. Attirée depuis sa jeunesse par la danse, elle découvre le breakdance en 1998. Tout en menant des études de psychologie, elle utilise les lieux publics et les gares vides comme des terrains de jeu avant d’intégrer la Cie Black Blanc Beur (première compagnie française de danse hip-hop).
De Paris à Rotterdam ou Los Angeles, Bgirl Valentine affronte des centaines de Bboys, jusqu’à décrocher un titre de vice-championne du monde au BOTY en 2004 ainsi qu’une victoire au We Bgirlz en 2007. Elle collabore avec plusieurs compagnies de danse internationales (Montalvo/Hervieu, Par Terre, Farid Berki, 6e Dimension…) et monte sa propre compagnie, Uzumaki, pour chorégraphier un solo (Sadako– 2011), un duo (JEsuisTOI– 2014), un quatuor (#MMIBTY– 2018) et un quintet féminin (Be.Girl– 2021). En 2024, Valentine conçoit le diptyque MukashiMukashi(2024) et MukashiihsakuM(2026) comme un rêve interrogatif sur le passé et le futur.
Inspirée par les traditions asiatiques et le modernisme européen, Valentine mène une carrière entre battles, performances et chorégraphies.
Ne manquez pas ce spectacle