Chaque année, La Villette s’associe à différentes structures pour imaginer des parcours sur mesure associant spectacles et ateliers de pratique. Les équipes ont ainsi organisé la rencontre entre le chorégraphe Némo Flouret et des étudiantes de l’école Boulle à Paris, déployée sur une semaine pour un projet « grandeur nature » en lien avec leur cursus en événementiel et scénographie. En cinq journées denses, elles ont conçu des propositions très différentes, sous le patronage bienveillant des enseignantes, du chorégraphe et de son équipe.
Début mars 2025, se tenait dans le parc, à la Folie des fêtes, le workshop Invention collective de projets pour l’espace, qui réunissait vingt-huit étudiantes en deuxième et troisième année du DNMADE (Diplôme National des Métiers d’Art et Design) Événementiel-Médiation-Scénographie de l’École Boulle. Cette semaine s’inscrivait dans un parcours de spectatrices : elles ont vu – au cours de la saison – quatre spectacles programmés à La Villette, dont 900 Something Days Spent in the XXth Century de Némo Flouret, qui revisite et bouscule bien des conventions scénographiques du spectacle vivant.

En collaboration avec les enseignantes, le chorégraphe et son équipe ont imaginé un workshop où les étudiantes devaient élaborer, par groupes de cinq, un projet scénographique, performatif, dramaturgique et spatial. Au cinquième jour, les étudiantes présentaient leurs travaux au chorégraphe et à son équipe. Némo Flouret et Marina Khémis, professeure agrégée en arts appliqués à l’école Boulle, reviennent sur ce projet.
Némo, aviez-vous déjà mené des ateliers avec des étudiants ?
Némo Flouret : Quelques-uns mais jamais à cette échelle et dans ce format. En revanche, j’en ai suivi lorsque j’étais moi-même étudiant à P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios, école de danse contemporaine à Bruxelles dirigée par Anne Teresa de Keersmaeker) avec des immersions d’une à trois semaines dans l’univers et le processus de création et de recherche d’un artiste. C’est à cet endroit que le projet m’est familier, dans l’activation d’une classe par une idée artistique qui amène chacune et chacun à déployer son propre projet, dans un cadre plus ou moins ouvert. Cela fait donc écho à des choses qui m’ont marquées à l’école mais aussi dans ma pratique professionnelle, à la façon de mettre en route des idées ensemble, qui passe souvent par des formats un peu hybrides de partage. Même le terme workshop est assez ouvert ; c’est plus un élan pour imaginer un projet.
Comment avez-vous travaillé sur les grands principes de ce workshop ?
Marina Khémis : D’abord, nous avons vu le spectacle de Némo avec les étudiantes, suivi d’une rencontre avec l’équipe.
Némo Flouret : Je pense que le spectacle a été un point d’ancrage très important, qui a invoqué l’univers de travail dans lequel on allait évoluer pour cette semaine.
Marina Khémis : Avoir accès à une Folie du parc a été important : cet endroit est devenu un outil sans pour autant empêcher les étudiantes de se projeter vers d’autres lieux et d’imaginer d’autres expérimentations à La Villette.
Quelles consignes leur avez-vous données ?
Némo Flouret : Nous avons nommé trois grands axes autour desquels tourne mon spectacle : le temporaire, l’éphémère et le corporel. Je leur ai envoyé en amont un petit mood board où j’avais réuni des images avec lesquelles je travaille, pour ancrer la proposition dans le réel. Nous avons aussi imaginé des contraintes de commanditaire (public, privé ou pirate), de temporalité (série ou one shot) et de lieu (espace public, théâtre ou white cube d’un espace muséal) que nous leur avons attribuées par tirage au sort. Discuter et analyser des contraintes est un bon départ pour un workshop.
Comment avez-vous accompagné les groupes au fil du workshop ?
Marina Khémis : Du côté de l’équipe enseignante, nous nous sommes relayées pour prolonger ces moments de discussion commune ou leur rappeler certains détails qui auraient pu apparaître en début de semaine. Nous voulions aussi les pousser à sortir de leur terrain d’action habituel pour aller – dès que c’était envisageable – vers le rapport au corps et l’expérimentation sur site, de façon à ne pas rester que dans le traitement de l’image et de la maquette. Nous avons aussi passé un jour et demi à l’école, où elles ont à disposition des outils et matériaux ainsi qu’un accès à la découpe laser. C’était très intéressant pour nous de leur faire développer une version « miniature » de ce qu’elles doivent déployer à grande échelle. Cela leur permet de prendre conscience de la spontanéité et de la rapidité d’action dont elles peuvent être capables. Un workshop comme celui-là en est la démonstration.
Némo Flouret : Avec mes collaboratrices Philomène Jander et Margaux Roy, nous avons circulé dans ces groupes en les encourageant à une forme de radicalité dans leurs choix, à éviter la politesse entre elles : si quelque chose n’est pas clair ou pas questionné, il faut discuter.
Marina Khémis : Elles ont effectivement réussi à mettre en place des fonctionnements internes installant un réel débat mais aussi à défendre leurs projets devant un important auditoire, des interlocuteurs différents.
Némo Flouret : Pour amener une expérience pratique, j’ai mobilisé plusieurs personnes de mon équipe, qui m’accompagnent sur le développement, la production ou l’aspect financier – toujours en lien avec l’artistique – tandis que Philomène est une performeuse qui est sur le terrain avec moi. Soit deux visions très différentes mais qui convergent.

Comment avez-vous reçu leurs propositions ?
Némo Flouret : C’était surprenant de les voir s’emparer d’un sujet pour en faire ce qu’elles voulaient. Aujourd’hui, élaborer des projets demande beaucoup de force et d’envie. Aussi, sentir cette réponse à cet endroit m’a surpris et touché. Cela donne envie de rester en contact avec des étudiantes et étudiants, d’autant qu’il y avait là un vrai niveau technique et artistique.
Photos Joseph Banderet
Textes Vincent Théval



