Comment résumer votre métier à La Villette ?
Au sein de la direction de la programmation culturelle, j’ai deux casquettes. D’une part, je coordonne le programme Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines (IADU) avec la mise en place et le suivi des formations et l’accompagnement des chorégraphes dans l’incubateur. Je les conseille dans la définition de leur projet, je les mets en réseau avec d’autres structures partenaires et j’organise les résidences.
Toute la coordination des actions du programme est dédiée à cet accompagnement.

Je travaille aussi à rendre visible et à développer le programme pour qu’il bénéficie à davantage de personnes. D’autre part, j’assure la programmation en danses hip-hop de La Villette (repérage de spectacles et de chorégraphes émergents ou pas) jusqu’à la construction de la programmation, en accord avec ma direction. Je fais aussi le lien entre les différentes équipes pour que les spectacles soient accueillis dans les meilleures conditions.
« L’objectif était de dédier un programme aux esthétiques hip-hop, les mettre en réseau et leur offrir les mêmes opportunités que les autres types de danses. »
Quelle est la particularité du programme IADU ?
C’est un programme d’accompagnement inscrit dans la durée. Il a été créé en 1998 par La Villette et la Fondation de France, sur le constat d’un manque de visibilité des artistes en danse hip-hop et de soutien institutionnel et public. L’objectif était de dédier un programme à ces esthétiques, les mettre en réseau et leur offrir les mêmes opportunités que les autres types de danses.
On accompagne à travers des formations administratives, artistiques et techniques en proposant des outils pour structurer une démarche et créer des pièces pérennes.
Ce qui est propre à IADU, c’est aussi la relation de confiance établie avec les artistes, avec bienveillance. Ce sont des cultures non académiques, construites quelquefois avec une défiance de l’institution. IADU a su installer une écoute et un vrai travail de collaboration avec chaque chorégraphe.
Une autre spécificité est ce poste, situé à la fois en accompagnement et en programmation, ce qui efface un peu le lien vertical qui est parfois ressenti. Cela permet de travailler ensemble, comme des alliés, sur toutes les dimensions d’un projet.
Même si certains artistes sont accueillis et suivis plus étroitement pendant deux ans dans l’incubateur, l’idée reste d’être un partenaire pérenne au fil des ans, que ce soit pour une mise à disposition d’espace, ou pour offrir un simple conseil. L’objectif est d’accompagner à long terme, de la création à la coproduction, en visant toujours la meilleure diffusion. Il faut que ces danses aient la même place que les autres écritures, tout en reconnaissant leurs spécificités et leurs histoires.

Comment votre mission s’articule-t-elle au sein de La Villette avec les autres directions ?
Je suis autonome sur ce poste, mais je travaille en permanence avec les équipes de production, et particulièrement avec une chargée de production pour le budget et la stratégie. Elle suit le programme dans le temps, connaît l’historique des chorégraphes passé·e·s par IADU et fait le lien entre tous les projets hip-hop.
Je collabore aussi bien sûr avec les équipes techniques, autant pour le suivi des résidences que pour l’accueil de spectacles. Avec l’équipe de l’éducation artistique, on travaille tout au long de l’année car les artistes IADU sont très mobilisé·e·s pour la démocratisation culturelle. On organise ensemble des rencontres comme les Envolées hip-hop, les Pop-ups et des ateliers de pratiques avec des groupes du champ social ou des scolaires. Avec la communication, on travaille à rendre visible le programme, et avec le mécénat, à chercher de nouveaux financements. Ma mission est donc en lien avec plusieurs directions, aussi bien pour l’organisation des résidences que pour les temps forts hip-hop de la saison : Plateaux hip-hop, festival Step, Golden Stage, International Illest Battle, ainsi que pour l’accueil des compagnies passées par IADU.
« Aujourd’hui, on ne peut pas accueillir toutes les demandes. J’espère que ce projet permettra de mieux répondre aux attentes de la communauté. »
Quels sont les enjeux de Freestyle Villette – Maison des cultures urbaines qui doit s’ouvrir à l’automne, en lien avec vos missions ?
L’organisation est encore en cours de définition et l’équipe à recruter, mais le projet prévoit plusieurs jurys par discipline (sport, pratiques visuelles…). Je serai référente pour la partie danse, mon cœur de métier. Avec cette maison Freestyle Villette, le programme IADU va persister, en se reposant sur ses actions menées depuis 30 ans : et notamment les résidences et formations qui font sa spécificité. On pourra les développer et ainsi accueillir et accompagner davantage de personnes.
Des appels à projet permettront d’ouvrir à un plus grand nombre d’artistes -pas seulement ceux de l’incubateur- et donc de proposer plus de temps de création et de formations.
L’expérience de IADU va infuser dans ce lieu, en reprenant une partie des missions et en les augmentant. Aujourd’hui, on ne peut pas accueillir toutes les demandes. J’espère que ce projet permettra de mieux répondre aux attentes de la communauté.

« IADU crée depuis près de 30 ans un réseau entre eux et avec d’autres lieux partenaires. C’est un soutien précieux et durable pour toutes ces générations de chorégraphes. »
Qu’est-ce qui vous semble important de pérenniser ou de développer pour soutenir la création en danses hip-hop et danses de club à La Villette ?
Préserver le programme IADU et son accompagnement qualitatif des artistes ! Et faire comprendre aux financeurs l’importance de soutenir la création en danse hip-hop et danses de club. La fidélité du mécénat de la Caisse des Dépôts est une précieuse preuve de soutien, indispensable à nos missions.
C’est essentiel d’être pérenne car on fait partie des premiers soutiens à la création : IADU reste souvent le premier coproducteur des spectacles en danses hip-hop. On peut parfois coproduire une semaine entière de résidence. Il faut continuer sur cette lancée.
Enfin, il faut garder cette posture de soutien ouverte à toutes les esthétiques, comme nous l’avons fait il y a plusieurs années avec la danse électro ou le waacking, ou plus récemment avec le locking.
L’esprit d’IADU, c’est d’être accompagnateur et pas seulement prescripteur. Les artistes comptent sur ce programme aussi parce qu’il offre des espaces de parole pendant les formations, au-delà des outils. Ces temps d’échange sont essentiels pour soutenir la charge mentale des artistes, qui sont des entrepreneurs. Et parce que IADU crée depuis près de 30 ans un réseau entre eux et avec d’autres lieux partenaires. C’est un soutien précieux et durable pour toutes ces générations de chorégraphes.
Le programme IADU est soutenu par la Fondation de France et le mécénat de la Caisse des Dépôts.
Propos recueillis par Anne Courcon en avril 2025
© In Da Box
© Morgan Eloi
© Quentin Chevrier
© Isabelle Grosse
© Fanny Desbaumes
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