© Crédit photo © Pedro Greig
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« Notre objectif commun étant que les équipes artistiques soient satisfaites de leurs conditions d’accueil et que l’expérience spectateur soit à la hauteur des attentes. » Sophie Le Saint

Chargée de production
(Direction de la production)

Comment résumer votre métier et avec qui travaillez-vous au sein de la direction de la production ?

En lien constant avec l’ensemble des équipes, mon travail est de suivre un portefeuille de projets sur la saison (spectacles, expositions, festivals ou événements) et de m’emparer de chacun pour le mener à bien. Pour cette mission de gestion de projet à 360°, il faut avoir à la fois une vision juridique, administrative, budgétaire, logistique et de terrain et être organisée pour jongler avec plusieurs projets en même temps. C’est aussi beaucoup de relationnel.

Compte tenu du nombre, de la complexité et de la transversalité des projets, nous sommes plusieurs chargées de production, chacune en binôme avec une administratrice. Ensemble, nous travaillons dans un cadre budgétaire préalablement défini et sommes en lien étroit avec les gestionnaires de la direction.

À chaque niveau, nous nous efforçons de trouver les bons équilibres et les cadrages nécessaires pour que chaque projet passe de la décision de programmation à l’accueil dans nos lieux.

© Christophe Raynaud de Lage

Pouvez-vous détailler les objectifs de votre mission ?

Chaque chargée de production doit s’assurer que le projet se déroule de manière fluide et ce en amont, pendant et après son exploitation à la Villette.

Pour cela, nous dialoguons en continu avec les équipes de la programmation, de la technique mais aussi de l’exploitation et de l’aménagement, de la sécurité et de la communication et des publics. Notre objectif commun étant bien sûr que les équipes artistiques soient satisfaites de leurs conditions d’accueil et que l’expérience spectateur soit à la hauteur des attentes.

En parallèle à cette dimension gestion de projet et coordination, la gestion budgétaire est un point important de notre métier : tous les chiffrages et les devis transitent par la production.

En plus de ces responsabilités, il est important de tisser avec les compagnies, les artistes et les intervenants extérieurs des relations de confiance au moment des contractualisations, des suivis logistiques (demande de visa, réservations d’hôtels, organisation des loges, calcul des défraiements, catering, etc) et pendant toute la durée d’exploitation.

Enfin, je crois que le métier de chargée de production demande une bonne capacité d’adaptation et d’imagination pour résoudre les éventuelles difficultés et prendre en main rapidement tout imprévu.

« Sur le terrain, notre bonne collaboration est déterminante pour gérer tous les aléas de dernière minute. »

Un exemple de projet en tête qui montre ce lien avec les autres équipes ?

Oui, celui de l’extension de la Ferme de la Villette.
À partir du projet de programmation conçu par les équipes Ateliers et Jardins et Little Villette, il faut mettre en place une organisation précise autour de nombreux sujets tout en respectant le cadre budgétaire : avec la technique pour un vidéoprojecteur à installer ici, avec l’exploitation pour un raccord électrique là, avec la communication pour la partie accueil du public, etc.

Dans mon métier, le trio clé reste technique – programmation – production : les trois référents dans chaque équipe doivent avoir le même niveau d’information.
Sur le terrain, en lien également avec les responsables de l’accueil, notre bonne collaboration est déterminante pour gérer tous les aléas de dernière minute.

© Jérémie Dru

Quelle est la complexité de votre métier ?

On travaille sur un lieu aux multiples facettes et donc parfois complexe – sur des projets qui peuvent l’être aussi – qui nous invite toujours à anticiper au maximum et à simplifier les choses pour que tout se passe bien.
La production étant garante du cadre budgétaire fixé, elle doit arbitrer et cadrer. On peut parfois avoir le sentiment d’avoir le « mauvais rôle » : celui de dire non, mais toujours après avoir étudié les options, cherché des solutions et analysé le projet dans son ensemble.

« La Villette est vue un peu comme le champ des possibles. »

Quel regard ont les artistes sur La Villette ?

Le nom de La Villette résonne avec force auprès des artistes, mais ils ne connaissent pas toujours toutes les spécificités qui font de notre établissement un lieu unique. Avec nous, ils découvrent la dimension des lieux, comme le côté modulable de la Grande Halle et même l’architecture et l’histoire du parc. Ils sont souvent étonnés de la diversité et du potentiel des espaces. La Villette est vue un peu comme le champ des possibles.

La Villette est-elle spécifique comme lieu culturel ?

À la Villette, la pluralité de la programmation est assez unique. D’ailleurs, mon quotidien est très varié : je peux enchainer un repérage sur le parc pour une carte blanche Freestyle Villette avec un temps de bureau et des tâches plus administratives puis une sortie de résidence et finir le soir avec la première d’un spectacle sur lequel j’ai travaillé.
Le parc est un terrain de jeu d’une taille incroyable et j’adore pouvoir jongler entre les différents projets et espaces. Il y a aussi cette proximité forte avec le public, souvent chaleureuse comme sur Little Villette.

Qu’est-ce qui vous tient à cœur dans cette mission ?

Ce qui me motive, c’est de mettre en œuvre des projets nés dans la tête d’artistes et de les faire devenir réalité dans nos lieux. Tout cela dans l’objectif de mettre un peu de beau dans nos vies, nous faire nous évader mais aussi nous questionner.

J’aime aussi le fait de travailler avec des artistes très connus, tout comme des artistes émergents avec lesquels notre rôle d’accompagnement se veut plus important. Il existe d’ailleurs à La Villette des dispositifs comme IADU (Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines) ou Freestyle Villette qui permettent de leur offrir une précieuse visibilité et des clés pour développer leur carrière.
C’est très important qu’on puisse mener ces deux échelles : projets XXL et soutien à l’émergence.

Propos recueillis par Anne Courcon en février 2026