© Crédit photo © Elise Toïdé
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« Le sport est dans l'ADN du parc
depuis sa conception. » Blanca Li

Propos recueillis par Vincent Théval pour La Villette, mai 2024.


Parc urbain ouvert à toutes et tous, La Villette est un espace de liberté où il se passe toujours quelque chose. Et cette saison est particulièrement riche en promesses de nouveaux rendez-vous et événements, des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 à une programmation ambitieuse, en passant par des aménagements prometteurs et des actions culturelles rayonnant sur toute l’Île-de-France et plus encore. Entretien avec Blanca Li, présidente de La Villette, pour un tour du parc et de ses projets.

La Villette sera lieu de célébration des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, racontez-nous.

Effectivement, La Villette accueillera cet été le Club France, lieu incontournable pour tous les athlètes nationaux puisqu’ils retrouveront ici leurs proches et leurs fédérations après la compétition. Le Club France occupera l’intégralité de la Grande Halle ainsi que les pelouses voisines, où les fédérations françaises proposeront des animations et initiations sportives. Sous l’égide de son précédent président Didier Fusillier, La Villette a proposé de les accueillir dans un cadre particulier, avec le programme Archi-Folies 2024, en référence aux folies imaginées par l’architecte Bernard Tschumi dans le parc. Les élèves des écoles nationales d’architecture ont ainsi conçu et construit les vingt pavillons que les fédérations vont investir. Leur cahier des charges est très précis, guidé par l’idée de travailler sur des structures démontables et réutilisables ou recyclables. Ce projet bénéficie du label Olympiade Culturelle et le public peut le visiter gratuitement durant le mois de juin. Par ailleurs, une douzaine de pays ont souhaité installer leur Comité olympique à La Villette, qui sera à ce titre rebaptisé Parc des Nations.

Plus généralement, quelle place occupe le sport dans le projet de La Villette ?

Le sport est dans l’ADN du parc depuis sa conception. Il est présent via des pratiques spontanées – course, arts martiaux, gymnastique… – que nous favorisons en mettant à la disposition des publics des équipements gratuits qui n’existent pas toujours ailleurs. Le plus poétique, à mon sens, est le parquet que nous installons aux beaux jours sous le péristyle de la Grande Halle et qui est utilisé par des danseuses et danseurs de tous styles. Nous avons également aménagé, dans le Jardin des voltiges, un grand espace de street workout qui est très sollicité et dont les usagers prennent grand soin. Nous installons également cette année deux nouveaux équipements de basket en accès libre.

« La Grande Halle nous permet d’accueillir des propositions qu’on ne voit pas dans d’autres lieux. »

Si la Grande Halle peut accueillir le Club France à l’été 2024, c’est grâce à sa taille hors-normes et à la modularité de ses espaces. Que permettent ces atouts en termes de programmation artistique ?

La Grande Halle est à la fois le cœur du parc et le symbole de son histoire, puisqu’elle a été complètement transformée pour changer de vocation. Sa modularité rend chaque spectacle singulier. Notre saison 23-24 se clôt ainsi sur une proposition de Bartabas avec l’Académie Équestre de Versailles et le Cadre noir de Saumur, qui occupe les deux-tiers de la Grande Halle, et la saison 24-25 accueille à l’automne une mise en scène de Romeo Castellucci qui n’aurait pu se déployer nulle part ailleurs. La Grande Halle nous permet d’accueillir des propositions qu’on ne voit pas dans d’autres lieux. Mais on retrouve ce caractère modulable partout dans le parc, de l’Espace Chapiteaux aux pelouses en passant par des lieux plus intimes, comme le Pavillon Villette.

Ces espaces uniques sont un terrain privilégié pour des collaborations avec des institutions partenaires ?

On est toujours plus forts à plusieurs et La Villette a, depuis longtemps, développé un important réseau de coopérations et de partenariats. D’abord avec nos voisins du parc : la Philharmonie, avec qui nous coproduisons chaque année Jazz à la Villette et plusieurs spectacles ; le Théâtre Paris-Villette, qui accueille cette saison le Quichotte de Gwenaël Morin ; le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, avec qui nous collaborons régulièrement pour des projets de transmission entre de grands chorégraphes et les élèves. Nous travaillons aussi de longue date avec le Festival d’Automne et depuis trois ans avec Chaillot – Théâtre national de la Danse après avoir accueilli plusieurs années le Théâtre de la Ville. Plus ponctuellement, nous pouvons imaginer et programmer avec d’autres partenaires comme le Centre national de la danse.

Aux côtés des grands noms, La Villette est aussi un lieu où l’on découvre des jeunes artistes. Quels dispositifs sont mis en place pour accompagner l’émergence ?

Nous proposons chaque année une centaine de résidences, via quatre programmes : Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines, qui nous permet de soutenir des compagnies de hip-hop ; l’Espace Périphérique qui accompagne le cirque, la marionnette et l’art dans l’espace public ; les Résidences Villette qui concernent le théâtre, la danse et la musique ; le Magic Wip qui se concentre lui sur la magie.

Autant de dispositifs qui nous permettent d’aider les artistes à développer leur projet, en termes logistiques, techniques et administratifs. En 2020, nous avons créé le label Initiatives d’Artistes, grâce auquel nous accompagnons de façon plus soutenue une quinzaine de compagnies par saison, avec une aide à la diffusion de leurs spectacles. Au cours de la saison 24-25, on pourra ainsi découvrir dans notre programmation des artistes de ce dispositif, comme : Luce Gaston, DeepDawn / Sorour Darabi, le Collectif de cirque Petit Travers, Lena Paugam ou la danseuse Marion Motin. Enfin, l’aide à la jeune création se manifeste également avec 100% L’EXPO, qui accueille de jeunes diplômés d’écoles d’art, ou encore le spectacle de fin de promotion des élèves du Centre national des arts du cirque. Ces accompagnements font partie de notre mission de service public et nous en sommes très fiers.

De la même façon que l’on peut soutenir l’émergence de nouvelles générations d’artistes, on peut former de nouvelles générations de spectateurs et spectatrices. Comment La Villette aborde-t-elle ces enjeux de sensibilisation des plus jeunes ?

Nous sommes depuis longtemps attentifs au jeune public, avec beaucoup de propositions (spectacles, ateliers, équipements, jeux) à destination des moins de 18 ans. Nos ateliers sont proposés soit en semaine dans le cadre scolaire (de la maternelle au lycée) soit le week-end pour un public familial, avec des propositions variées selon les tranches d’âge, notamment dans le cadre de Little Villette et des Jardins passagers, ou de notre nouvelle ferme pédagogique ouverte en juin dernier. Avec le programme des Pop-Up, nous proposons aussi des interventions surprises d’artistes dans des établissements scolaires – mais pas que – parisiens et franciliens.

Au-delà de Paris et de la région parisienne, les Micro-Folies sont un outil unique de démocratisation culturelle. En quoi consiste ce dispositif ?

Concrètement, c’est un équipement qui peut voyager dans des caisses, contenant un écran, un vidéoprojecteur et un ordinateur, avec des collections numériques de très haute qualité offertes par des partenaires comme le Louvre, le Château de Versailles, le musée du quai Branly-Jacques Chirac, l’Opéra national de Paris et près de 200 institutions et musées partenaires partout en France. Les Micro-Folies peuvent être fixes et pérennes, dans un bâtiment dédié comme une médiathèque par exemple, ou itinérantes. Nous mettons beaucoup d’énergie dans ce programme multi-partenarial, qui permet de proposer gratuitement au public une offre culturelle de qualité sur tous les territoires.

À l’ouest, le Parc de la Villette est en pleine transformation. À quoi faut-il s’attendre dans les prochains mois ?

Plus d’un hectare et demi va être rendu au public, au niveau de la darse et de la Halle de Rouvray. À cet endroit, à l’arrière des Jardins passagers, se situaient des bâtiments qui avaient été construits de manière temporaire au début des années 80 pour abriter les équipes de Bernard Tschumi puis celles du parc.

Ces bâtiments ont fini par accueillir les deux tiers de nos équipes, jusqu’en novembre 2023 où ils ont été remplacés par une architecture unique à très haute qualité environnementale et qui utilise beaucoup moins d’espace. Par ailleurs, nous avons récupéré la Halle de Rouvray, qui était à l’abandon et qui accueillera à l’horizon 2025 une partie de notre nouvelle ferme, ainsi que des ateliers pédagogiques autour de la biodiversité. Les Jardins passagers vont ainsi être étendus et toute la zone va être transformée en lieu de promenade, de tranquillité et d’observation.

Biographie de Blanca Li

Blanca Li, née à Grenade en 1964, est une chorégraphe, danseuse, actrice et réalisatrice de cinéma franco-espagnole. À 12 ans, elle rejoint l’équipe nationale de gymnastique rythmique, puis part à New York à 17 ans pour étudier avec Martha Graham. Elle y découvre le hip-hop et d’autres cultures qui influencent son style de danse.
Après un bref passage à Madrid, où elle étudie également le flamenco, elle s’installe à Paris en 1992 et fonde sa compagnie de danse, qui tourne régulièrement dans le monde entier avec plus de 20 créations.
Elle chorégraphie et dirige des ballets, opéras et comédies musicales pour des institutions prestigieuses comme l’Opéra de Paris et le Théâtre du Châtelet. Elle réalise trois films de cinéma ainsi que de nombreux courts métrages, publicités et clips vidéo qui l’ont amenée à travailler avec des personnalités telles que les Daft Punk, Paul McCartney, Beyoncé, Blur, Goldfrapp, Kanye West ou encore Coldplay.
De 2001 à 2002, elle dirige le Berlin Ballet du Komische Oper à Berlin puis le Centre Andalou de Danse à Séville (2006-2010). Elle crée des installations participatives basées sur la danse pour le Grand Palais, le MUSAC de Léon et le musée Guggenheim de Bilbao notamment. De novembre 2019 à décembre 2023, elle dirige les Théâtres du Canal de la Communauté de Madrid.
Ses œuvres se distinguent par leur innovation et leur mélange des genres : Macadam » (1999) marque la consécration du hip hop sur les scènes des théâtres et festivals, et « Robot » (2013), qui joue sur les liens entre l’être humain et les robots.
En 2021, elle crée « Le Bal de Paris de Blanca Li » à Chaillot, un spectacle de réalité virtuelle récompensé lors du 78e Festival International du Film de Venise par le Lion de la meilleure expérience de réalité virtuelle, et qui poursuit actuellement en tournée en Asie et en Europe, et bientôt en Amérique.
Blanca Li a reçu de nombreuses distinctions. Elle a été nommée Chevalier de la Légion d’honneur, Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres et Officier de l’Ordre National du Mérite, en France, et a obtenu la Médaille d’or des Beaux-Arts, en Espagne.
En 2019, elle est élue à l’Académie des Beaux-Arts dans la nouvelle section chorégraphie.

Cet été, La Villette devient le lieu de célébration du sport.

Nouvelle Saison de La Villette
Saison 24/25

Spectacles, événements, expositions, tout y est.