© Crédit photo © Joseph Banderet
© Crédit photo © Joseph Banderet

Des visites qui changent le regard

Reportage

Deux classes de primaire ont élu domicile à La Villette pour développer une aire terrestre éducative. Un espace pour observer et prendre soin du vivant.

« On va se voir deux fois pour fabriquer un herbier, vous savez ce que c’est ? ». Dans l’espace atelier de la Halle de Rouvray, Nicolas Boehm, chef de projet environnement Ferme et Jardins, étale livres et documents devant les enfants.

« C’est un endroit où y a que de l’herbe ? » hasarde l’un d’eux. En ce dernier vendredi de mai, des élèves de CP de l’école Jomard dans le 19e arr. viennent à La Villette avec leur enseignant, Sébastien Lumier, pour accéder à « leur » jardin. Ou plutôt à leur « aire terrestre éducative », selon la terminologie de l’OFB (Office Français de la Biodiversité) qui soutient ce dispositif pédagogique de terrain pour les classes de primaire.

Désireux de sensibiliser leurs élèves à l’environnement, Sébastien Lumier et sa collègue de CM1 Laurie Chalureau ont monté un dossier auprès de l’OFB puis se sont tournés vers La Villette – parc voisin de l’école où ils ont rencontré une équipe motivée pour les accompagner et trouver le terrain indispensable à cette expérience. Premières à en bénéficier à La Villette, les deux classes (CP et CM1) ont d’abord investi une parcelle en 2025 avant que les travaux d’agrandissement de la Ferme ne les conduisent du côté de la sculpture Bicyclette ensevelie de Claes Oldenburg et Coosje Van Bruggen, au printemps 2026, dans un espace préalablement occupé par des jardiniers du quartier. Un peu plus de 400 m2 où les enfants viennent chaque semaine observer, sentir, toucher, recenser… s’émerveiller !

Il ne s’agit pas ici de jardiner mais de se connecter au vivant. Pour s’initier au sujet, chaque classe a suivi six ateliers pilotés par Nicolas Boehm : Les plantes et leurs secrets, Empreintes de la nature, Les insectes jardiniers, Herbier collecte, Herbier fabrication et Découverte du vivant. Un programme financé par l’OFB pour les deux classes durant deux ans. Cette année les élèves ont également bénéficié de sorties au spectacle : WoooOOOoool du Bob Théâtre, Insectes de Lady Rocks et Collections de Fanny Dreyer et Victoire de Changy. Avec la pluie et la chaleur, tout a beaucoup poussé ; un champ d’orties côté friche, mais aussi de la sauge, des roses, des graminées, des boutons d’or…

Répartis en trios et équipés de sacs et de ciseaux pour effectuer les prélèvements pour l’herbier, Anton, Christella, Kevin, Ilyan, Suzanne, Alice et leurs camarades ont du mal à écouter les consignes jusqu’au bout tant ils sont impatients de découvrir ce qui a changé depuis la dernière fois. Longs cheveux bruns sous la casquette, Lina « adore les fleurs mais n’aime pas les insectes » et, comme la plupart des autres élèves, les araignées lui font peur, « sauf les bébés ».

Mais, dans l’émulation générale, elle oublie ses appréhensions. La plupart ont outrepassé la consigne de « ne cueillir que quatre plantes » et arrivent bouquets à la main. Dans l’euphorie, certains ont oublié de prélever une bonne longueur de tige et n’ont coupé que la fleur en laissant les feuilles sur pied. Nicolas Boehm accueille avec bienveillance ces entorses car il sait l’importance de ne pas trop les brider.

Cette sortie offre aussi une bouffée de liberté à ces écoliers, constate l’enseignant qui les invite ensuite en classe à raconter ce qu’ils ont fait, à mettre par écrit et en dessin leurs observations et qui, de semaine en semaine, note une réelle « évolution de leurs connaissances ».

Il profite du répit pour évoquer avec Amanda Coutouzis, coordinatrice d’action culturelle, d’éventuels aménagements pour pouvoir aussi faire classe dehors sur le site. Avant de retourner sous la Halle de Rouvray, les participants, petits et grands, s’installent à l’ombre d’une folie pour commenter leurs choix de cueillette.

L’occasion d’en apprendre davantage : voilà l’hysope qui compte parmi les herbes de Provence, le sainfoin qui enrichit le sol et plaît aux abeilles, la santoline et son odeur d’huile d’olive qui ravit les écoliers ou encore la lavande, sa tige et ses petites feuilles claires pour supporter la chaleur… Sur le trajet, les enfants courent et s’amusent. La maman de Gabriel témoigne de l’enthousiasme de son fils :

Forts de tous ces apprentissages, les élèves, réunis en conseil d’école, réfléchiront ensemble à une action commune (nichoir à oiseaux, refuge pour hérissons…) à mener sur la parcelle pour encourager la biodiversité. Un projet qui sera validé par une instance scientifique. À travers une exposition, des affiches et le récit de cette expérience, ils partagent aussi leurs connaissances avec les autres élèves de l’école. Très attentive aux réactions des enfants ce matin-là, la nouvelle présidente de la Villette, Claire Landais, nous a confié sa volonté de pérenniser ce type d’actions éducatives, persuadée que La Villette peut être un « endroit clé pour transmettre la sensibilité au vivant ».

Rappelant la spécificité de l’établissement qui combine parc et programmation culturelle, et le fait que de plus en plus d’artistes s’intéressent aux sujets liés au climat et à la biodiversité, Claire Landais a souligné la nécessité de travailler davantage les deux axes en complémentarité pour « remettre de la nature dans nos imaginaires ».

Photos Joseph Banderet
Textes Vincent Théval

La Fondation Malakoff Humanis Handicap soutient les projets d’accessibilité à La Villette