© Crédit photo © Enilorac Photography
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Au cœur du réseau : la Micro-Folie de la Cité des Arts, à La Réunion

La Micro-Folie Cité des Arts – La Renyon, est l’une des 5 Micro-Folies ouvertes à La Réunion. Elle est située à Saint-Denis, dans le quartier du Butor. Comme son nom l’indique, elle est installée au sein de la Cité des Arts, un espace culturel ayant trois missions principales : l’accompagnement à la création artistique, la diffusion artistique, et l’Éducation Artistique et Culturelle.

Adeline Tetia est la coordinatrice de la Micro-Folie. Elle en organise les projets, en coordonne les partenariats culturels et publics, et en gère les budgets. Adeline est accompagnée de Séverine Robert, médiatrice. Séverine accueille les publics, et construit les playlists, les activités pédagogiques et artistiques en lien avec les thématiques. Elles construisent ensemble la programmation de la Micro-Folie.

Comment vous pensez-vous votre programmation ?

Adeline : Il y a deux entrées. La première est la programmation de la Cité des Arts, dans laquelle s’inscrit la Micro-Folie. Nous travaillons sur des thématiques pendant des périodes de six à sept semaines, en fonction des vacances scolaires. Ça revient à traiter cinq thématiques par an, que nous choisissons en lien avec un événement, une exposition ou une proposition artistique de la Cité des Arts. Par exemple, ce printemps nous avons travaillé sur la thématique des femmes artistes, en résonnance avec le centre d’art contemporain de la Cité, où une exposition de dix artistes femmes se tenait sur la question du genre. La seconde entrée nous vient des professionnels (enseignants, éducateurs, animateurs) qui nous proposent de co-construire des parcours de médiation en adéquation avec leurs besoins.

Réunion de coordination de la Micro-Folie
Adeline Tetia présente la Micro-Folie à ses partenaires © Charlie Motion

Il y a donc un lien fort entre la Cité des Arts, la Micro-Folie, et les publics…

Adeline : Ça fait partie de mon travail. La Cité des Arts est un espace encore peu connu de certains publics, qui ont une appréhension à se rendre dans ces lieux là, avec cette phrase : « C’est pas pour moi. » Mon objectif, c’est d’aller vers ces publics éloignés notamment grâce aux associations de quartier. La topographie de Saint-Denis, dont certains quartiers sont très hauts et mal desservis, rend l’accès à la Cité des Arts un peu compliqué. C’est pour ça que nous sommes montés les rencontrer, pour faire venir la Cité à eux.

Quelle est la pertinence du dispositif Micro-Folie à Saint-Denis ?

Adeline : Je viens du milieu social, et je suis profondément convaincue que l’art est un beau moyen de découvrir l’autre et le monde. C’est un levier positif dans plein de domaines. Je suis toujours bluffée : pendant nos médiations, on laisse la parole à nos publics, et les gens savent tellement de choses ! Ça leur permet de se rendre compte de ce qu’ils savent, de ce qu’ils ressentent, et de valider cela. Avec Séverine, on a cette envie de proposer quelque chose de beau, que les gens rentrent chez eux avec de la fierté, et l’envie de revenir. Je me souviens d’un projet dans les hauts de Saint-François, avec des adolescents qui n’étaient pas du tout familiers de la Cité des Arts. Trois mois plus tard, ils sont revenus d’eux-mêmes, en bus, pour voir une exposition. On avait tout gagné.

Vous travaillez beaucoup avec les jeunes !

Adeline : Oui, car nous sommes en partenariat avec des établissements scolaires. En ce moment, par exemple, nous travaillons avec une classe de 5e bilingue en espagnol, qui vient nous voir sur place. La thématique choisie par leur enseignante est le Mexique, avec un focus sur Frida Kahlo. Le Musée numérique sera donc particulièrement intéressant puisque nous allons utiliser la Collection Mexico pour ce projet. Nous voulons proposer une activité artistique en collaboration avec le professeur d’arts plastiques du collège. L’objectif serait que les élèves puissent présenter leurs propres œuvres, en espagnol.

Séverine et Adeline interviennent auprès du jeune public avec le Musée numérique mobile © Cité des Arts La Réunion

Vous travaillez avec de nombreux partenaires. Qui sont-ils ?

Adeline : Nous travaillons avec un Institut médico-éducatif auprès de jeunes en situation de handicap, mais aussi avec le Conseil des sages de la ville de Saint-Denis pour toucher le public senior, et la Société Publique Locale Oser Pour l’Éducation qui organise les « mercredis jeunesse ». Nous collaborons aussi toute l’année avec l’Établissement Public de Santé Mentale de la Réunion, et avec l’Alliance française depuis peu. Nous sommes également accompagnés par la CAF, sur les projets à destination de la petite enfance.

Vous avez récemment collaboré avec un CHU.

Adeline : Tout à fait. Nous avons travaillé avec le service addictologie du CHU de Saint-Denis, pour un projet autour de la photographie et du portrait. Nous avons orienté l’atelier sur les émotions, mais aussi le travail technique d’une photo : quel cadrage ? quels éléments je veux voir dans la photo ? qu’est-ce que je veux dire de moi ? Pendant les deux premières séances, nous avons utilisé le Musée numérique pour faire de l’analyse d’image (flou net, photo/peinture, lignes de tiers), puis pour parler du portrait et de l’autoportrait (analyse du portrait d’un roi et de ce que ça dit de lui, quel choix des objets dans le Sacre de Napoléon, ce que raconte Frida Kahlo dans ses peintures…). Ensuite les participants étaient en binôme et ont fait plusieurs photographies ensemble à travers différents exercices, toute la semaine. À la fin, chacun a pu réalisé une photographie finale, que nous avons imprimée et encadrée, puis présentée lors d’un vernissage où ils sont venus avec leurs familles. C’était un beau moment, car au départ plusieurs personnes refusaient catégoriquement de se voir ou de se montrer en photo : il y a un rapport à l’estime de soi, dans ce service, qui est abîmé, et qui a pu être un peu réparé avec ce projet. Ça leur a fait du bien.

Atelier "Portait" à la Micro-Folie
Atelier « Portraits » avec le service addictologie du CHU de Saint-Denis © Cité des Arts La Réunion

Le Musée numérique mobile nous a permis d’amener un peu de la Cité des Arts à eux, pour ensuite les emmener avec nous. Quand on arrive au CHU avec ces grosses caisses rouges et tout ce matériel, on nous regarde avec étonnement. Il y a même un rejet du numérique. Notre rôle c’est de proposer un cadre sécurisant pour s’approprier les tablettes et le dispositif. On finit toujours par y arriver !

Vous avez aussi des partenaires plus ponctuels…

Adeline : Bien sûr ! Récemment, nous avons répondu à un appel à projets de la Direction régionale du droit des femmes et de l’égalité (DRDFE), qui finance un projet très spécifique : l’idée est de donner de la visibilité aux femmes artistes du territoire, mais aussi dans le monde. L’idée est de questionner avec notre public l’absence des femmes dans l’art et les musées, en se basant sur l’offre du Musée numérique. La DRDFE n’est pas notre unique partenaire sur ce projet : nous mobilisons tout un réseau ! Par exemple, l’association Chancegal propose des ateliers sur les questions de différences, d’inégalités, et de stéréotypes. Avec elle, nous avons préparé un cycle de conférences : des femmes artistes venues présenter leurs travaux, leur approche artistique… Nous les accompagnons pour qu’elles puissent s’exprimer sur la triple thématique d’être femme, artiste et réunionnaise.

Vous dites que vous vous basez sur l’offre Micro-Folie. Comment vous l’appropriez-vous ?

Adeline : Les médiations sont construites en trois axes choisis par Séverine : ici, les femmes artistes, le rapport au corps et la place dans la société. Le Musée numérique est une première base de travail, et un bon support de présentation. Cependant, pour approfondir, on ne s’empêche pas de sortir du Musée numérique sortir pour compléter nos recherches avec des ressources extérieures. Pour ce projet, on a beaucoup utilisé la Plateforme Documents d’artistes, par exemple.

Quel est votre contenu, œuvre ou Collection préférée ?

Adeline : J’aime particulièrement l’extrait du ballet Carmen, dans la Collection Nationale 3. Il y a un beau rapport à l’image de la femme et de la liberté. La musique est magnifique. Ce contenu permet de soulever des questions importantes sur la perception des femmes, et d’engager des discussions riches avec le public à ce sujet.