© Crédit photo © Elise Toïdé
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« J’ai l’ambition que La Villette soit aussi et surtout un lieu d’échanges et de discussions. »

Claire Landais, présidente de La Villette


Nommée à la présidence de La Villette au début de l’année après une carrière au sein de l’appareil d’État, Claire Landais partage avec nous sa vision de l’établissement et l’attention qu’elle porte aux diverses missions de service public qui se tissent sur le plus grand parc urbain européen.

Au moment de votre arrivée, La Villette offrait à toutes et à tous une nouvelle zone de promenade de 15000 mètres carrés, en lien avec des enjeux de biodiversité et de bien-être animal. Comment ce projet engagé depuis plusieurs années a-t-il été conçu ?

La nouvelle Ferme de la Villette est effectivement dédiée à notre relation au vivant et recouvre plusieurs types d’espaces. Une partie d’entre eux s’inscrit dans la continuité des Jardins passagers, qui sont des espaces de réflexion et de pratique autour du végétal, des sols, du cycle des saisons, etc. Ils ont été créés à la suite de l’exposition-promenade Le Jardin planétaire de Gilles Clément, qui avait marqué les esprits au tournant de l’an 2000 ; ils ont été complétés, en 2023, par une ferme pédagogique. Ces Jardins passagers ont fait l’objet d’une extension, et un nouvel axe de circulation entre le Conservatoire et le canal de l’Ourcq a été ouvert au public. Des espaces complémentaires ont été réservés aux animaux, permettant au public de profiter de leur présence dans de bonnes conditions (et vice versa). Une autre partie de cette nouvelle zone se déploie dans la Halle de Rouvray, un ancien atelier de métallerie qui a été rénové et ouvert au public. Elle accueille des ateliers pour petits et grands ainsi qu’un four à pain où l’on peut faire cuire ce que l’on a préparé avec le blé qui pousse à quelques mètres de là, dans le Champ des oiseaux. Cette dernière partie est composée d’un champ cultivé, d’une prairie sauvage et d’un espace boisé. Bordant la Darse, bras du canal de l’Ourcq, cette zone est dotée d’un écosystème riche qui s’est développé sans intervention humaine, sinon exceptionnellement.

Comment l’offre artistique est-elle articulée aux questions environnementales ?

La Villette a beaucoup d’atouts pour intégrer dans sa mission les enjeux de sensibilisation à la protection de l’environnement et de la biodiversité; j’ai très envie de travailler avec ce que proposent les artistes sur cette question. La spécificité de cet établissement culturel est d’être installé dans un parc; c’est à la fois un atout et un défi. Les usagers y viennent dans des buts extrêmement variés. D’une grande pelouse à un jardin thématique en passant par une bambouseraie, les espaces verts ont chacun leur esprit, permettant de penser la nature de multiples façons. Plusieurs événements suivent le cycle des saisons: la Fête de la laine en avril, la Fête des blés à la fin juin, un festival autour du végétal en octobre, la Parade lumineuse début décembre… Enfin, il y a l’histoire du lieu: La Villette s’élève sur d’anciens abattoirs, et on y célèbre aujourd’hui le vivant, que ce soit le spectacle vivant ou la biodiversité. La programmation artistique et culturelle va pouvoir intégrer les enjeux de renouvellement des imaginaires sur des futurs désirables de différentes manières.

Derrière cette question se joue celle du lien entre les différents publics…

C’est un enjeu majeur. On a la chance d’accueillir tellement de monde! On est le seul parc de la ville qui reste constamment ouvert (nuit et jour, 7 jours sur 7); on propose des activités pour tous les âges de la vie; une partie de l’offre est gratuite et sans inscription afin d’encourager la spontanéité… Aujourd’hui, l’un des enjeux qui me tiennent à cœur est de réussir à faire qu’une personne qui pratique, par exemple, du street workout au Jardin des voltiges sache qu’elle peut découvrir juste à côté, des spectacles qui ne sont parfois pas si éloignés de sa pratique. De manière générale, j’ai l’ambition que La Villette soit aussi et surtout un lieu d’échanges et de discussions. Beaucoup de choses sont déjà faites en ce sens, mais on peut toujours faire plus – et on en a besoin dans ce monde où les tensions surgissent vite, où les antagonismes sont facilement attisés. Tout ce qui permet de les déconstruire et de créer du lien est bon à prendre. À cet égard, le dispositif Micro-Folie, qui se déploie sur l’ensemble du territoire national, est un atout précieux. Si ce réseau de près de 650 implantations à ce jour est né autour d’un musée numérique partagé, il s’enrichit de propositions artistiques sous forme de micro-festivals qui sont autant d’occasions de rencontres et d’échanges.

« Le renouvellement des imaginaires, la curiosité, la rencontre, la tolérance tiennent aussi à notre capacité à entendre des points de vue diversifiés. »

D’une certaine manière, le dialogue démocratique que vous appelez de vos vœux s’incarne dans la programmation qui, en invitant des artistes des États-Unis, d’Australie, d’Afghanistan, de Russie, du Royaume-Uni, du Maroc, etc., dessine une cartographie très large du monde.

Il est essentiel de pouvoir profiter de ces regards, de ces voix qui se croisent, se complètent, se confrontent éventuellement, mais qui toujours enrichissent notre expérience de spectateur et notre vision du monde. Le renouvellement des imaginaires, la curiosité, la rencontre, la tolérance tiennent aussi à notre capacité à entendre des points de vue diversifiés, à côtoyer l’étranger. Évidemment, cela a des conséquences sur le terrain environnemental. Pour limiter notre bilan carbone, nous mutualisons des tournées avec d’autres institutions. L’objectif étant de répondre aux considérations écologiques sans perdre de vue notre mission d’établissement culturel.

Plusieurs des artistes programmés viennent en outre de zones de conflit.

Recueillir leur parole, ou tout autre mode d’expression artistique, est une façon de comprendre ce que vivent ces populations de façon sensible, par l’émotion, c’est-à-dire par un canal beaucoup plus direct, viscéral, que celui des médias par exemple. Cela crée une proximité avec leur expérience et permet d’élargir notre vision, qui peut rester parfois un peu abstraite, intellectuelle.

Par ailleurs, les collaborations avec d’autres établissements tiennent toujours une belle place dans la saison.

C’est une chance de pouvoir démultiplier les espaces de programmation, tout en travaillant chacun sur nos spécificités. Le partenariat avec Chaillot-Théâtre national de la Danse, noué sur toute la durée de la fermeture temporaire de leur grande salle pour travaux, est précieux pour les artistes et le public; celui initié avec le Festival d’Automne élargit les horizons ; et les spectacles et les concerts que nous accueillons conjointement avec la Philharmonie de Paris offrent à toutes et à tous des moments rares. Cette saison, nous donnons aussi rendez-vous au Théâtre Paris-Villette pour proposer à des artistes des plateaux au plus près de leurs besoins. Nous collaborons aussi avec le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse, et le Pôle Sup’93 pour rendre possible la rencontre entre les artistes d’aujourd’hui et ceux de demain. Je n’oublie pas le Centre Pompidou qui, dans le cadre de ses activités hors les murs, est aux côtés de La Villette et du Festival d’Automne en décembre dans la Grande Halle.

Qu’en est-il des dispositifs d’accompagnement comme Initiatives d’artistes, 100% L’EXPO ou votre longue histoire avec le Centre National des Arts du Cirque ?

Les établissements publics ont une responsabilité vis-à-vis des jeunes artistes, et ce, dans le temps court comme dans le temps long, afin de penser un modèle économique durable. Nos studios de répétition nous permettent d’accueillir, par exemple, des artistes en résidence, parfois à plusieurs moments de leur carrière, ce qui crée des proximités, des fidélités. Une nouvelle piste de développement possible serait de tisser des liens entre des disciplines pas ou peu représentées actuellement (architecture, urbanisme, design, sociologie…) autour d’une réflexion sur la ville de demain, prenant appui sur le territoire atypique que constitue le Parc de la Villette; de profiter de notre localisation pour penser l’irruption de la nature dans la ville et l’adaptation au changement climatique, en faisant dialoguer des artistes, des chercheurs et des professionnels.

Impossible de conclure cet échange sans évoquer le Cinéma en plein air: l’un des programmes les plus populaires et les plus fréquentés de La Villette. C’est aussi celui qui arrive sans doute le mieux à faire se croiser ses différents publics. Quel regard portez-vous sur ce rendez-vous incontournable de l’été parisien ?

Le même que le vôtre, je crois ! C’est une grande chance d’avoir un programme qui nous identifie aussi largement depuis tant d’années. Son format a été renouvelé l’année dernière avec la création d’une séance pour le jeune public. Avec cette séance supplémentaire, les familles ont désormais accès à une programmation cinématographique adaptée aux enfants. Cet été, le rendez-vous est donné autour d’un thème que j’ai confié aux équipes de la programmation: L’appel de la forêt. Que les gens associent La Villette à un événement gratuit, inclusif, joyeux, et proposé au cœur de l’été, témoigne de notre marque de fabrique d’ouverture et d’accueil.

Propos recueillis par Raphaëlle Tchamitchian pour La Villette, avril 2026

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